mercredi 25 octobre 2017

La Maison des reflets de Camille Brissot


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La maison des reflets

Camille Brissot

Syros

février 2017


L'histoire


2022, nous suivons Daniel, 15 ans, habitant d'une maison de dĂ©part. Il vit au milieu de reflets, des images virtuelles de personnes dĂ©funtes. Son père Petro Edelweiss "fabrique" les reflets de personnes Ă  la demande des familles pour les accompagner dans la difficile Ă©preuve du deuil.  Daniel veut s'Ă©chapper de ce monde clos et dĂ©couvrir la rĂ©alitĂ© du monde. Il va ainsi rencontrer Violette...et sa vie va basculer. 

l'île des morts de Böklin, tableau dans l'atelier de Petro


Mon avis

#PLIB2018 #2748523245  

Camille Brissot nous propose un rĂ©cit de science-fiction proche de notre Ă©poque oĂą la rĂ©alitĂ© virtuelle s’immisce dans notre intimitĂ©. 

La première de couverture m'a attirĂ© l’Ĺ“il et j'ai d'abord pensĂ© que cette histoire Ă©tait une histoire de fantĂ´mes avec une ambiance fantastique. 

"Dehors, les ombres des arbres s'étirent sur les pelouses comme de longues coulées d'encre, et les lumières pâles des étoiles se reflètent sur la surface calme du grand bassin. On dirait que le monde est vide. Que plus rien n'existe. "

Après lecture, la première impression n'est pas loin de se confirmer la dimension fantastique en moins. Point de fantĂ´mes, mais des illusions. La frontière est mince entre ces deux concepts. 


La rĂ©flexion sur le deuil,  sur l'acceptation de la mort est traitĂ©e ici avec beaucoup de subtilitĂ© apportant des nuances et des points de vue diffĂ©rents


Chaque personnage  amène sa pierre Ă  l'Ă©difice. Des vĂ©ritĂ©s sont rĂ©vĂ©lĂ©es, on passe d'illusions en dĂ©sillusions et la mĂ©taphore filĂ©e des reflets est une très belle image des faux-semblants de notre monde. 
 
" - ArrĂŞtez de traiter les reflets de fantĂ´mes !
   - Renommer les choses ne suffit pas Ă  en changer la nature, rĂ©plique calmement Mme Elia."

 Daniel est un personnage en construction/ dĂ©construction, un ĂŞtre en questions
 Autour de lui gravite peu de personnes rĂ©elles mais prĂ©sentes tout de mĂŞme. Le plus difficile pour lui c'est de dĂ©mĂŞler le rĂ©el de l'imaginaire pour pouvoir enfin vivre. 

"J'ai l'impression de me voir d'en-haut, à présent, et la perspective n'est pas formidable : un garçon de quinze ans, seul dans une maison emplie de reflets, piégé entre un père vivant mais absent, une mère morte mais présente, et une gouvernante fantasque. "

"La fébrilité qui m'a emporté la veille est retombée et, avec elle, les dizaines de pensées qui tourbillonnaient sous mon crâne lorsque je me suis couché. A croire que ma tête est une grosse boule de neige que j'ai un peu trop agitée. "

Un de mes personnages préféré est Madame Elia, personnage terre à terre, courageux, bien ancré dans la réalité sans être insensible elle est inflexible et juste.

"- C'est ça, la réalité, Daniel. Les illusions mais aussi les désillusions. "

"Le chagrin consume, et rien ne brûle sans combustible. Il emporte quelque chose de vous."

J'avoue que ce texte m'a beaucoup touchĂ© et je frĂ´le le coup de coeur car je trouve essentiel qu'un rĂ©cit jeunesse ouvre l'esprit sur des questions tabous telle que celle de la mort. 

"- C'est mon moment prĂ©fĂ©rĂ©. Cette seconde oĂą l'on arrive en haut, tout en haut... et qui prĂ©cède la plongĂ©e vers le vide. 
Sa voix a pris un timbre nouveau, on dirait qu'elle s'est chargĂ©e de nuit. " 

" Face Ă  un deuil, on est toujours seul, il me semble."

De nombreuses rĂ©fĂ©rences au passage de la vie Ă  la mort sont prĂ©sentĂ©es dans ce livre et j'ai bien apprĂ©ciĂ© ces rappels parsemĂ©s de ci delĂ  pour nous montrer le caractère universel de cette rĂ©flexion sur l'essence mĂŞme de la vie et sur la mort. Le mythe d'OrphĂ©e et Eurydice, Charon et sa traversĂ©e du Styx, le tableau de Böklin... 

" - Ces vieilles légendes, cher enfant, évoquent pourtant quelque chose d'essentiel, réplique-t-elle d'un ton pincé. C'est le passage de la vie à la mort, la dissolution de ce que nous sommes, la disparition définitive de ceux que nous aimons. La barque de Charon sur les eaux noires du Styx, saint Pierre et les portes du paradis...Autant de représentations d'un point de passage. "

Pour ce qui est de l'Ă©criture de l'auteur, j'aime les descriptions de la nature qui change suivant le moment de la journĂ©e ou encore suivant les saisons. 

 " Dehors, le ciel ressemble Ă  un plafond de marbre veinĂ© de noir. Des nuages aux contours mouvants filent Ă  toute allure vers le nord. Les cimes des arbres du parc ondulent comme pour Ă©chapper aux doigts du vent."

L'exploitation qui est faite du reflet, miroir trouble allié à la gémellité. Le choix d'alterner dialogues, lettres, citations, descriptions, de proposer un découpage par temps forts dans le récit avec des titres intermédiaires amène un rythme, une respiration particulière au récit qui allège le propos et lui donne sens

" Et si les fins n'étaient que le début d'une autre histoire ? "

C'est intelligent, fluide dans l'écriture et l'on s'attache aux personnages même les plus acariâtres. J'ai énormément apprécié cette lecture qui viendra me hanter j'en suis sûre, pour mieux me raccrocher à la réalité.

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