lundi 11 novembre 2019

Monstr'Hôtel, tome 1 : Les chasseurs de trésor #PLIB2020


Gulf Stream éditeur
❆❅✵❄
Monstr'Hôtel, tome 1 : Les chasseurs de trésor
Carina Rozenfeld
Gulf Stream éditeur
septembre 2019
224 p.
#ISBN:9782345887025

 Le contexte de lecture

Le tome 2 sort en mars 2020 avec toujours une magnifique couverture de Xavier Collette.


Gulf Stream éditeur

 Une lecture de L’Epreuve des Audacieux pour le Tournoi des élites du #plib2020.

plib
L'objet-livre

Magnifique couverture de Xavier Collette, je vous invite à aller voir son travail.  

L'autrice

J'adore le travail de Carina Rozenfeld , elle crée toujours des histoires captivantes : voir E.V.E. Entité, Vigilance, Enquête ou encore L'héritier des Draconis, un roman bien mené et une saga prenante.

Le texte d'éditeur


 La petite histoire

 L'on suit Olivia, jeune fille de 10 ans, qui vient d'arriver dans le bourg de Mont-Streuh. Elle a quitté la capitale pour ce coin paumé de France et surtout pour un manoir délabré que ses parents ont l'illusion de réparer. C'est alors qu'elle va faire une drôle de rencontre qui va changer sa vie. Elle a un pouvoir extraordinaire : elle voit les monstres qui cohabitent dans le manoir. Mais cette demeure attise la convoitise de chasseurs de trésor peu scrupuleux. L'alliance d'Olivia et les monstres va être primordiale pour la suite.

Ce que je retiens de ce roman...

L'autrice propose un récit plein de péripéties et d'aventures pour nos petits héros. On ne s'ennuie pas une seconde. 
L'on découvre un monde enchanté avec des monstres gentils et très différents. Olivia a un pouvoir très rare, elle peut voir les monstres alors que les humains n'ont pas cette capacité d'ordinaire.  Une certaine magie va être développée également par les monstres de l'histoire. 

L'amitié entre les personnages est un leitmotiv important de ce récit. 
La galerie de monstres est assez originale et variée. Ce bestiaire n'est en rien effrayant plutôt  coloré et bruyant.

Nous allons faire la connaissance d'un sorcier, de bandits, d'êtres aux pouvoirs inattendus : les Mirageurs. Tout un monde de magie gravite autour d'Olivia, une petite fille déterminée et courageuse. 
Ce sera avec plaisir que je la suivrai à nouveau dans ses découvertes et ses exploits.

Un jeunesse plein d'aventures et d'amitié dans un manoir hanté par des monstres et une chasse au trésor trépidente. Distrayant et magique...

L'Estrange Malaventure de Mirella #PLIB2020



Crédits : Ecole des loisirs

L'Estrange Malaventure de Mirella
Flore Vesco
L'Ecole des Loisirs
avril 2019
216 p.
#ISBN:9782211301558


Le texte de l'éditeur

 Moyen Age. Les rats ont envahi la paisible bourgade d'Hamelin. Vous croyez connaître cette histoire par coeur ? Vous savez qu'un joueur de flûte va arriver, noyer les rats en musique, puis les enfants d'Hamelin ? Oubliez ces sornettes : la véritable histoire est bien pire, et c'est grâce à Mirella, une jeune fille de 15 ans, qu'on l'a enfin compris. Jusqu'ici, elle passait inaperçue en ville – qui s'intéresserait à une porteuse d'eau, à une crève-la-faim, une enfant trouvée ? Seulement voilà, Mirella a un don ignoré de tous : elle voit ce que personne d'autre ne voit. Par exemple, elle a bien repéré ce beau jeune homme en noir, qui murmure à l'oreille de ceux qui vont mourir de la peste... Et ça lui donne une sacrée longueur d'avance. Y compris sur le plus célèbre dératiseur de tous les temps.

Le contexte de lecture

Lu dans le cadre du #PLIB2020 et en lecture commune avec @samlor.en.livre
Plib
 Ce roman dans l’œuvre de Flore Vesco

L'autrice est une amatrice de mots, elle a déjà montrer sa maîtrise et son plaisir de la langue avec De cape et de mots, un précédent roman jeunesse.




L'objet-livre

La couverture ne nous dévoile qu'un brin de cheveu rouge feu de l'héroïne, suivie d'un chapelet de rats aux yeux sanguinolents (en surbrillance). Les rats investissent le livre sur les lettrines de début de chapitre.  Et une flûte joue la respiration dans les chapitres.




La petite histoire

 Nous suivons le parcours de Mirella, une porteuse d'eau dans le Hamelin moyenâgeux . Et nous avons des révélations sur la véritable histoire du Joueur de Flûte de Hamelin en cette période trouble ou la peste fait des ravages. A cause de sa cheveure flamboyante, Mirella est en danger.

Ce que je retiens de ce récit...

Une ambiance moyenâgeuse bien rendue grâce en prime à l'écriture qui reprend un vocabulaire vieilli (voir à la fin du livre le lexique pour jouer avec les mots). 

Une très belle revisite du Joueur de flûte de Hamelin, on ne devine jamais où l'autrice va nous amener dans sa reconstruction de ce texte célèbre. J'aime l'évocation des petits travers de chacun des personnages. C'est une satire, un fabliau bien mené.

 Les personnages

J'aurai voulu m'attacher davantage au personnage de Mirella. J'aime beaucoup Pan, le petit bonhomme orphelin toujours accroché à ses pieds crottés.
Le personnage qui incarne la Peste est le plus intrigant de la troupe : j'ai un faible pour ce faucheur malgré lui, voué à la solitude.
 L'écriture sous la forme d'un conte crée une distance avec les personnages, c'est bien dommage. Mais c'est un petit bémol sans réelle importance. 

Le récit nous emporte. Il est plein d'humour et de péripéties. C'est frais, pétillant,  dansant. Une danse macabre mais pas exempte de joie, de sourires. 

Oyez ! Oyez ! Pour les amoureux de la langue moyenâgeuse chantante et imagée, pour les adeptes des revisites de conte, pour les aventureux saltimbanques, venez à Hamelin ! Suivez les pas de la porteuse d'eau pour découvrir la véritable histoire de cette ville et de ses habitants par une chaude période d'été.

samedi 9 novembre 2019

Mortina, tome 1


Albin Michel Jeunesse

 🎃🎃🎃🎃
 Mortina, tome 1 
Barbara Cantini
Albin Michel Jeunesse
octobre 2018
48 p.
ISBN : 9782226437532



🎃Le texte d'éditeur🎃 


🎃La petite histoire🎃 

 Mortina est une petite fille zombie qui vit avec sa tante dans un manoir. Elle n'a pas d'amis mais un chien albinos pour toute compagnie. Elle aimerait jouer avec les enfants près de chez elle. Halloween sera sans doute l'occasion de se rapprocher d'eux. 

L'autrice Barbara Cantini et son personnage


🎃Le contexte de lecture🎃 

Une lecture idéale pour Halloween que j'ai découvert dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge.
Crédits : Barbara Cantini


🎃Ce que je retiens de cette lecture🎃

 Un personnage démembré très attachant, une histoire de zombie idéale pour Halloween avec des illustrations croquignolettes. Tous les détails sont bien réalisés.
 On retrouve les personnages emblématiques d'Halloween : monstres, zombies, fantômes. Mais aussi les couleurs caractéristiques de cette fête : le Noir et le Orange.
Crédits : Barbara Cantini


J'adore le dynamisme et l'agencement des dessins avec
les notifications fléchées : c'est humoristique à sort ( à souhait).

Crédits : Barbara Cantini


Vert-de-Lierre #PLIB2020


Noir d'Absinthe
 
Vert-de-Lierre
Louise Le Bars
Noir d'Absinthe 
mars 2019
194 p.
#ISBN:9782490417247



" Une femme se tenait derrière moi, à quatre mètres environ ; son visage me terrifia. Il ne semblait ni jeune ni vieux, à la fois semblable à un tissu froissé par une main rageuse ou sculpté dans l'écorce d'un bois mort ; seuls deux yeux au vert luciférien perçaient le désert de ce visage braqué sur moi. j'avais enfin mon signe, celui que j'attendais, celui qui m'indiquerait le seuil franchi entre légende et vérité."

Le texte d'éditeur

"Olivier Moreau, un auteur de romans policiers en manque d'inspiration, décide de retourner dans le village de sa grand-mère tout juste décédée afin d'y régler certains détails. Il y renoue avec les souvenirs de son enfance, et redécouvre un étrange personnage de conte populaire local surnommé le Vert-de-Lierre, sorte d'antique vampire végétal qui le fascinait enfant. Cet intérêt va déclencher des visions et cauchemars chez l'écrivain en mal d'imaginaire ainsi que la rencontre de deux femmes tout aussi intrigantes l'une que l'autre. Olivier découvrira que cette figure païenne ancestrale est bien plus qu'un simple conte bon à effrayer les enfants ..."
 La petite histoire

 Olivier se retrouve dans son village d'enfance et il va suivre les indices d'une légende locale celle du Lierreux, comme un de ses personnages de roman policier. Il va flirter entre rêve et réalité avec une femme énigmatique qui l'envoûte littéralement et découvrir que mythologie, sorcellerie et vérité se mêlent étrangement tel le lierre au mur du château.

 Le contexte de lecture

J'ai rencontré l'autrice aux Aventuriales et elle m'a fait une dédicace de circonstance à la plume. 


 
Lu lors d'une lecture commune pour le #PLIB2020. C'est le premier livre que je découvre de la maison d'édition Noir d'Absinthe.



le PLIB


 Ce que je retiens de ce roman...

L'objet-livre

Parlons rapidement du soin apporté à l'édition de ce court roman. La couverture est sublime et est signée Marcela Bolivar, une illustratrice dont je ne peux que vous invitez à suivre son œuvre pour découvrir des portraits et une ambiance onirique. Elle a déjà signé les magnifiques couvertures aux éditions du Chat Noir d'Apostasie et du recueil Bal Masqué. 
La mise en page reprend le leitmotiv du lierre qui mange la page.






"J'étais caméléon, renaissance et mort, Hiver et Été, en mon enveloppe charnelle. Fille de la terre et du mauvais sort, lui même issu d'un dépit amoureux et d'une magie ancestrale."

 
L'intrigue

L'autrice mêle enquête policière et fantastique et romance. 

" Rose, vous êtes devenue mon roman, l'histoire qui devait s'écrire à l'encre de ma vie. Vous y trempez assurément la plume, (...) Un personnage a besoin de son écrivain. Vous êtes la narratrice de ma vie. Je sui devenu un personnage de votre monde. Rêve et réalité..."

On a l'impression de reconstituer avec le héros Olivier un puzzle dont il manque les pièces essentielles pour embrasser la situation et le mystère de la légende du Lierreux. 

" La réalité prenait des airs de polar, se teintait de l'encre de la fiction."

L'atmosphère gothique et fantastique

Très vite, le lecteur se retrouve plonger dans le doute, les mystères. Des touches d'irréel teintent cette histoire de malédiction, de mythologie qui semble remonter à la nuit des temps. 

" J'avais le sentiment que les contours de toute logique s'émoussaient, qu'aucune limite ne distinguait plus le réel du conte."

On chemine dans un labyrinthe végétal qui parfois semble sans issue. Puis un fantôme, une ombre attire l’œil et on avance tel le héros, hypnoptisé ici par le phrasé de l'autrice qui nous ensorcelle telle Rose avec son Olivier.  



 La légende

 Ici, l'autrice imbrique des mythes au milieu de légendes, elle lace et entrelace des croyances  mythologiques avec de la magie chamanique, des sortilèges de sorcières et des superstitions populaires. Elle tisse sa propre mythologie avec la poésie et des références littéraires nombreuses et qui se font écho.


"Je pense que le mythe est une autre forme d’Histoire, vous comprenez ? L’histoire de la vie intérieure de l’Homme, le versant nébuleux et poétique de la vie humaine, la réalité de leur imagination qui leur a servi de vérité pendant des siècles. La fiction et la vie sont jumelles de sang, vous savez."

 " J'aime profondément l'idée de personnifier un fleuve, un nuage ou la mort, m'expliqua-t-elle. Une façon propre à notre espèce d'assimiler ce qui ne lui ressemble pas. De donner un visage familier à l'inconnu, à l'invisible. (...) Cela permet de nommer sa peur ou son émerveillement, rien de moins. D'accueillir l'étrange et l'imprévu comme faisant partie intégrante de son propre univers, afin de l'enrichir, et non de les en exclure. "

Le Lierreux


« Son corps est de bois sec et dur,
Qui craque et grince
Ses doigts griffent, ses doigts pincent,
Son visage est une blessure
Pour quiconque le regarde
Du vert-de-Lierre prenez garde,
Dans ses yeux guette le Profane
Prêt à bondir sur votre âme
Son souffle est tel un cri de hibou
Qui trouve son écho entre chien et loup
Il aime les âmes en fleurs
Jeunes et fraîches à cueillir
Entre ses lèvres se fanent
Les amours printanières
Sur ses noueuses épaules languissent
Espoir et jeunesse, qui gémissent,
Et se dessèche comme l’automne
Son rire amer de faune »



" une Dame sans Sève (...), une jeune fille qui aurait fait une fatale rencontre avec le Vert-de-Lierre, l'homme-sylphe, le Lierreux. Tel un incube végétal, à chaque sacre du printemps, il se libérait de l'étreinte d'un lierre grimpant sur l'un des murs du château pour posséder la jeune fille qui avait le malheur de croiser son chemin. "

Les personnages

Même si l'on suit Olivier tout au long du récit les véritables actrices de cette fable sont Rose, Mary, Florelys-Mélisande. 
Elles sont sorcières au regard des hommes. 

" Les sorcières représentent ce seuil entre féminité libre et nature.  "
 L'autrice parle de la condition féminine, des mariages arrangés, au fil des époques, des entraves qui les soumettent aux hommes, à la société. 

" J'avais déjà observé les jeunes mariées au village, et toutes dans le regard avaient quelque chose d'éteint ; cette lueur de vie si pétillante avait été comme domestiquée, et on n'y lisait désormais plus que des regards convenus d'épouses soumises à la volonté de leurs maris. Et sous cette résignation, la jeune fille enfermée derrière les barreaux des conventions."

 " La rumeur avait enflé, monstre de médisance se nourrissant de son propre venin."

 J'aime beaucoup la réflexion sur la féminité et la prise de conscience progressive, par la femme, de son corps et de sa capacité à exister par elle-même.




"Telle un serpent ou une salamandre, je muais, repoussais, par le biais d'une force de vie irrépressible. Et ce fut grâce à cette deuxième vie qui commençait, grâce à l'homme qui m'avait arraché à cette misère, que mon éclosion fut complète et que je devins cette femme "reflorée". Mon âme et mon corps avaient retrouvé leurs pétales." 

J'aime cette approche de la femme liée aux éléments, à la nature. La femme est émotions et sensations en accord avec ce qui l'entoure. C'est très poétique, gothique, romantique comme approche.

 " Doucement, je m'enracine. Je rejoins cette immensité muette qui fait de moi un élément autant qu'un être. Je suis cette terre qui me porte, je suis ce vent qui m'ébouriffe, cette pluie qui lave d'oubli les pas de chacun. Je suis le bruissement de ces feuilles qui dentellent le silence."

 
" J'ai toujours voulu écrire sur les femmes et leur rapport étroit avec la nature.(...) ce lien qui a quelque chose de surnaturel, d'ailleurs. "


L'écriture

Les nombreuses citations  qui jalonnent cette chronique rendent compte de mon plaisir des mots. 

" Une houppelande de silence épais nappait ces murs d'un vert profond. "

 Je suis conquise par le phrasé de l'autrice. j'espère retrouve ces respirations et cette poésie dans un prochain récit.

" Le château de Mont-Drienne trônait là, tombé dans un bienheureux oubli, festonné de silence."

Une très belle plume poétique et engagée avec une histoire fantastique aux accents gothiques où sorcellerie et mythologie s'entrelacent tel le lierre à l'arbre irrémédiablement. La métamorphose est au coeur de ce récit sur l'identité.

" Du lierre coule le sang de l'été
Viens, viens m'aimer, doux Rêve 
Que je t'offre mon âme en sève
Le lierre a butiné ma beauté. "

mercredi 6 novembre 2019

Félines #PLIB2020


Le Rouergue
 💛💙💛💙💛
Félines
Stéphane Servant
Le Rouergue
Epik
août 2019
384 p. 
Fantastique
#ISBN:9782812618291 

Pré-sélectionné du #PLIB2020 et coup de coeur 💛💙💛💙


Le Plib
" Réfléchir, c'est commencer à désobéir.
Lire, c'est se préparer à livrer bataille."  

Le texte d'éditeur

 Personne ne sait exactement comment ça a commencé. Ni où ni quand d'ailleurs. Louise pas plus que les autres. Ce qui est sûr, c'est quand les premiers cas sont apparus, personne n'était prêt et ça a été la panique. Des adolescentes qui changeaient d'un coup. Des filles dont la peau se recouvrait de... dont les sens étaient plus... et les capacités... Inimaginable... Cela n'a pas plu à tout le monde. Oh non ! C'est alors qu'elles ont dû se révolter, être des Félines fières et ne rien lâcher !

" Depuis que le monde est monde, il a toujours la même tête et elle n'est pas très jolie. D'autres que moi diraient même qu'il a franchement une sale gueule."

La petite histoire

Nous écoutons le récit de Louise, vivant dans la clandestinité,  qui va relater quelques mois de sa vie mais aussi celles d'autres adolescentes qui ont connu dans leur chair la Grande Mutation. Un changement si brutal qu'il va provoquer la haine, la peur, la persécution et diviser la population. Louise va raconter comment elle va apprivoiser son corps, l'accepter et affronter le regard des autres. 

" Comme si la nuit était suspendue. Et la lame de la lune, là-haut dans le ciel, étincelait comme une griffe. "

Ce que je retiens de cette lecture...


Le contexte de lecture


Une lecture commune dans le cadre du Tournoi des élites et de l'épreuve des audacieux organisé par le staff du PLIB. J'ai donc fait cette lecture auprès des Guérisseurs.


J'ai adoré retrouver la plume de Stéphane Servant que j'avais savouré, il y a deux ans avec Sirius, une autre écriture bouleversante. 


Un petit mot sur la couverture en bleu et jaune de Patrick Connan, dont je conseille la  découverte de son site où l'on retrouve d'autres magnifiques couvertures de Rouergue éditions ou des pastiches d'affiches de film très réussis.

" La ville ressemblait à un chaudron où bouillonnaient l'ennui et les ragots. "

Je m'excuse pour l'effet brouillon de cette chronique : j'ai jeté mon ressenti au fur et à mesure. 

L'atmosphère du livre

Nous sommes d'emblée plongés dans le récit avec le "je" de Louise qui nous fait vivre toutes ses émotions, ses réflexions, son évolution, sa métamorphose physique mais surtout mentale. De l'adolescente à la femme, du doute à la détermination. 
La tension monte crescendo, prend son temps et l'atmosphère délétère s'étend progressivement mais sûrement. 
Pas de chapitres, pas de pause, pas de temps mort, on avance inexorablement avec Louise ballotés par les événements, pas de répit. 

Je ne cacherai pas que j'adore la plume de l'auteur : il écrit fabuleusement bien et ici il a une façon d'aborder la féminité qui me touche profondément et je suis émue de voir ce sujet traité avec tant de justesse par un homme. Il semble bien cerner les problèmes qui préoccupent les adolescentes d'aujourd'hui et de toujours aussi. L'auteur écrit pour et sur les femmes avec un ton juste et une connaissance sensible.


"Nous étions douze. Douze adolescentes, douze corps trop maigres, trop épais, trop tordus, douze corps imparfaits que nous tentions de dompter comme on l'aurait fait avec des chevaux sauvages. Nos chevaux étaient rebelles, mauvais et têtus.Nous mordions la poussière en essayant de les domestiquer. tout partait dans tous les sens, rien ne nous obéissait. Nos corps nous malmenaient, ils nous épuisaient." 

C'est une quête identitaire essentielle, vitale à laquelle nous assistons. Par le biais du fantastique, il dénonce les travers de notre société urbaine détachée de la nature, obnubilée par la performance et le paraître. 

Les personnages

Louise ne se plaint jamais et pourtant elle n'est pas toute blanche, elle a su être superficielle, lâche mais elle ne renonce jamais. Cette force est née des épreuves de la vie, la perte de sa mère, sa culpabilité, ses blessures physiques...

" Voilà le genre de fille que j'étais. Une enfant qui jouait à la femme fatale. Une Alice grimée en Reine de coeur sans pitié. Une Narcisse troublée par son reflet. Une adolescente, ni pire ni meilleure que les autres, je crois."

 Tom, l'ami, l'amant
Il est sensible, doux, à l'écoute et plus complexe que son allure ne le suggère. Il sait qui il aime et pourquoi. 

" Avec lui, j'avais compris que les gens ne sont pas que ce qu'ils montrent. Chacun possède un monde intérieur. Celui de Tom était étrange, décalé, mais aussi extrêmement créatif et sensible. Presque féminin, auraient pu dire certains."

le père de Louise et Satie, le petit frère 

 La famille est très soudée. C'est un pilier qui donne de la force et de l'équilibre à l'héroïne. Le père se révèle dans l'adversité et Satie réagit avec le coeur sans préjugés et a-priori. L'enfance qui ne juge pas, ignore les différences. 


Les filles

L'auteur a su cerner les problèmes de jeunes adolescentes perdues dans leurs corps et bombardées par les clichés ( dans les deux sens du termes) que notre société nous renvoient.

Fatia, Morgane, Sara, La Rouquine, la Blanche, Alexia, Camille et j'en oublie sans doute que Louise n'oublie pas.  

" J'aimerais que tu fasses tes propres choix. Pas ceux qu'on te dicte. "

 L'auteur met en avant le particulier, le singulier , l'unique par opposition à l'uniformisation, au standard, à l'anonyme revendiqué par les sectaires. Il prône un "je" conscient  qui s'unit à l'autre pour faire un "nous" riche, diversifié, complémentaire, complexe.

" Pour l'administration, le foulard comme le short étaient sacrilèges."

" Nos corps faisaient débat. 
Encore une fois. "

" Pour lui, nous incarnions la dégénérescence, nous étions la première tache sur le corps moribond de l'humanité, les signes de la catastrophe imminente, l'annonce de l'Apocalypse. "

 Je  remercie l'auteur pour son écriture poétique et coup de poing, je le remercie d'éveiller les consciences, d'en appeler à la vigilance, de responsabiliser son lecteur face à la différence, au déni des réalités.


" ... ce que l'homme ne comprend pas, souvent il le détruit. "

 Roar !!! C'est un coup de coeur pour moi ! Une écriture qui est poésie et poignard à la fois.  Un très bon roman adolescent à mettre d'urgence entre toutes les mains.

" Vous savez, c'est ce qu'on demande souvent aux victimes de viol : est-ce que vous avez résisté ? Vraiment résisté ? Et c'est insupportable d'entendre ça. Fred a profité du fait que j'étais jeune, frêle et ivre. Il a attendu que je sois la plus vulnérable possible pour s'en prendre à moi. Il n'y a qu'un seul coupable et c'est lui. On ne se fait pas violer. On est violée. Le viol, c'est l'autre qui le fait. C'est l'autre qui impose sa violence. Une violence extrême et aveugle qui fait de vous un objet que l'autre veut soumettre et détruire. "  

 " C'est à ça que servent les livres. A ouvrir les yeux des hommes, et, avec un peu de chance, leur coeur."

Le Garçon de feu

  Le Garçon de feu Sarthak Sinha Editions Du Ricochet EAN : 9782352635512      Un petit album plein de tendresse avec ce feu follet. Tim se...