samedi 4 novembre 2017

Cette nuit-là de Rémi COURGEON

🌑🌓🌕🌘🌙

Cette nuit-là


Rémi COURGEON

Mango jeunesse

Octobre 2015


L'Histoire


"Nuit après nuit, 
Lune après l'autre."

Comment animaux et personnes perçoivent la lune et ses métamorphoses.


Mon avis 

 Pourquoi cette lecture ?
Dans le cadre du challenge Albums jeunesse Babelio 2017-2018 avec le thème : nuit.

 Coup de projo sur l'auteur

Une mini bibliographie pour découvrir l'univers de l'auteur-illustrateur Rémi Courgeon qui fait un remarquable travail graphique et thématique.
 




 L'objet-livre

Le format proposé est original et atypique et pourtant totalement adapté au sujet à savoir : un format rond comme la lune, actrice principale de l'ouvrage. Lorsqu'il est fermé, c'est un demi cercle, idéal pour parler de la lune et de ses quartiers.

Ce livre est rangé dans un coffret carré pour permettre de le glisser sur l'étagère de la bibliothèque.

J'aime beaucoup la couverture qui présente un hibou charmant (animal symbolique de la nuit) avec son clin d’œil "lunatique". 

Le choix des couleurs est minimaliste. Nous sommes en trichromie (si l'on compte le noir dans les couleurs) : noir, jaune et blanc. Le jaune pour la lune et ses "comparés" et le noir pour la nuit. Le dessin est exécuté comme tracé à la craie blanche.


Ce que nous raconte l'auteur-ilustrateur

L'auteur joue sur toutes les formes évocatrices de l'astre (croissant, camembert, banane, arc...). Il évoque les phases de la lune en débutant et terminant par la nouvelle lune.  Cette forme de fondu au noir de commencement et de fin, place bien le lecteur au coeur de la nuit et prépare le jeune lecteur à l'endormissement. C'est une invitation au rêve, au sommeil. 

Il utilise l'anaphore : "cette nuit-là", cette répétition marque la succession des phases de la lune. 

Il associe à la lune aussi bien des animaux que des humains qu'il rassemble au coeur de l'album lors de la pleine lune. C'est un astre qui relie le monde

Un beau petit album à partager au coucher pour préparer les rêves. 
C'est un univers rassurant, poétique et relaxant

Petit album cocooning, feel good, plein de zénitude pour toute la famille, petits et grands. 

Mise en réseau 

A rapprocher de l'album très récemment chroniqué Nuit d'Emmanuelle Eeckhout. Même choix de couleurs et même évocation douce et apaisante de la nuit.






Coccinelles cherchent maison de Davide CALI et Marc BOUTAVANT

 

🐞🐞🐞🐞


Coccinelles cherchent maison

Davide CALI

Marc BOUTAVANT

Sarbacane

Octobre 2011


L'Histoire


Monsieur et madame Coccinette, jeune couple de coccinelles, veulent déménager. Ils s’adressent donc à un spécialiste, monsieur Balanin, de son état agent immobilier. Et c’est parti pour un marathon qui tourne vite au délire : champignon moisi, coquille d’escargot claustro, bouchon-péniche instable, château de sable menacé d’effondrement, pomme véreuse, terrier habité, bouteille de verre cassée mais stylée « loft »… Les Coccinette trouveront- ils où nicher ? 

Mon avis

Pourquoi cette lecture ? 

Lu pour le challenge Albums jeunesse de Babelio et le thème : couverture en rouge.
J'ai choisi de relire cet album car je le trouve tordant et vitaminé. 

Les auteurs 

Davide Cali a une âme de conteur et un bon sens du rythme et il s'adresse très bien à un public d'enfants.

Marc Boutavant est connu pour ses personnages doudous trop craquants et expressifs. 

Des livres d'eux à découvrir deux par deux :



 
















 











L'objet-livre

La couverture attire l’œil avec ce rouge vif et toutes les autres couleurs très flashy. Les insectes et autres plantes sont croqués de façon trop choupinette


Le format est lui aussi sympa, très grand, pour suivre les pérégrinations des trois insectes principaux à savoir le couple de coccinelles et un balanin.  Chaque double-page permet de découvrir une nouvelle ambiance .  C'est donc la surprise à chaque page tournée et c'est très ludique



L'univers choisi par l'auteur et par l'illustrateur

L'auteur joue avec le lecteur, il le balade dans tous les sens du terme. 

Les dialogues sont dans des bulles comme une bande-dessinée et on voyage en spirales, en zigzag dans la page en suivant les pointillés, comme le Petit Poucet pour ne pas se perdre dans les méandres et autres labyrinthes.

Revenons aux personnages : des petits insectes de toutes sortes. 
Marc Boutavant a su faire de ses minuscules, de vrais comiques. Le regard est sans cesse attiré par des couleurs, de détails, des insectes microscopiques ou autres animalcules qui dorment, jouent, mangent...   Toute une vie grouillante et bien vivante sous nos pieds, dans notre jardin.

C'est rafraîchissant, drôle, cela aiguise l’œil et l'esprit à la fois. Un régal ni plus ni moins.

Le Mari de mon frère 4 de Gengoroh TAGAME


🌈🌈🌈🌈🌈

Le Mari de mon frère 4

Gengoroh TAGAME

Akata

Octobre 2017



L'histoire


C'est avec une idée bien précise en tête que Mike s'est rendu au Japon, où il y a rencontré Yaichi et la petite Kana. Pour tenir la promesse qu'il avait fait, avec son défunt mari… Et tandis qu'à l'école de sa nièce, sa venue semble devoir faire des remous, les choses se concrétisent et… Peu à peu, le jour fatidique de son retour pour le Canada semble s'approcher.



Mon avis


Lecture qui entre dans le challenge LGBT

Je termine cette saga que j'ai adorée. Je trouve que l'auteur a su parler à un public large d'un sujet souvent tabou : l'homosexualité.

J'ai adoré les trois personnages de cette histoire, très attachants et surtout Yaichi qui évolue énormément au fil des tomes. 


Le séjour de Mike s'achève mais ces quelques semaines ont permis un changement profond pour chacun et le sentiment d'appartenir à une vraie famille sans faux semblants

Le catalyseur de cette histoire c'est Kana, une enfant tolérante, curieuse, joyeuse et en demande d'amour.

Ce dernier tome laisse toute la place à l'histoire des trois personnages et l'auteur ne fait plus de rappel à la cause gay pour mieux se concentrer sur les sentiments. Je regrette de voir partir ces trois-là, mais j'aime bien l'idée de cette fin ouverte sur des possibles. 

Je conseille la saga dès 10 ans sans problème et jusqu'à 110 ans. Une bonne approche des tabous autour de l'homosexualité. 

Un grand merci à l'auteur pour ce magnifique manga qui au-delà du thème central parle de la place de chacun dans une famille et redéfinit le mot famille de façon plus élargie.
 



Un hug pleinement consenti ! (voir tome 1)




Memory de Christine FERET-FLEURY


📜📜📜📜

Memory

Christine FERET-FLEURY

Lynks

Septembre 2017



L'histoire


Il y a le phare, où Mem mène une existence de captive, coincée entre son frère Sam et l’inquiétant Joris. Il y a le quotidien, morne et gris, la peur au ventre, peur d’être frappée, peur de prononcer un mot interdit, peur de déployer ses ailes, et qu’elles lui soient arrachées. Il y a le rêve, aussi, toujours le même, qui l’aide à tenir le coup. Jusqu’au jour où le refuge du trio est attaqué. Libre presque malgré elle, Mem s’en va sans un regard en arrière. Bravant la pluie, la fatigue, le froid, elle échoue dans l’antre d’une vieille femme, rescapée d’un monde disparu, interdit. Auprès d’elle, la jeune fille apprend à respirer sans craindre les coups et surtout, à lire et à écrire. S’ouvre alors pour l’orpheline un monde nouveau, un monde dans lequel les éclats morcelés du passé et du présent se rejoignent, où se cache peut-être la clef de son identité perdue…

Mon avis



Lecture dans le cadre du challenge  Snakes & ladders et le challenge 52 semaines SFFF

J'ai d'abord été attiré par la couverture : le visage d'une fille baignant dans les algues et l'écume. J'ai pensé à Ophélie le personnage shakespearien, mais elle est bien vivante, le regard perdu dans le vague. 
 Ensuite, c'est le titre qui m'a interpellé Memory, une histoire de mémoire perdue, le nom d'un personnage... ? 
Je ne croyais pas si bien penser. Car il est question ici de retrouver une mémoire, des souvenirs pour pouvoir atteindre un but ultime la liberté et recouvrer une certaine humanité disparue

Ce court roman se divise en 4 parties distinctes : le phare, la grotte de Calypse, le peuple des femmes et l'île.
Comme pour Ulysse qui quitte Pénélope et son île Ithaque, Mem va quitter le phare pour découvrir le monde. Son odyssée ne va pas parcourir des milliers de lieues comme Ulysse dans son voyage.  Mais ce cheminement va la faire grandir, ouvrir les yeux, apprendre. 

" J'ai mal de ce vide.
J'ai mal à l'intérieur de moi, c'est comme la faim, l'oubli est une bête qui me ronge, sans arrêt."

C'est un très beau texte un peu sibyllin par  moments avec les rêves de Mem. 

L'univers décrit est cru, rude pour cette enfant d'une dizaine d'années. Elle a vécu 5 ans sous le joug d'hommes cruels, violents qui ont tenté d'étouffer par les coups sa conscience, son esprit.  L'univers est gris, la nature hostile, peu généreuse. C'est un pays dictatorial avant la grande catastrophe qui décime une très grande partie de la population. Un monde post-apocalyptique, un véritable chaos.

"La violence n'est pas, n'est jamais une solution. C'est un monstre qui s'engendre lui-même dès qu'on l'éveille, même pour une cause juste, et qui n'en finit plus de se reproduire et d'engraisser ses rejetons assoiffés de sang."

Un coup du sort la libère de ce joug pour la jeter dans l'errance : une épreuve de plus. 

La parenthèse enchantée près de Calypse est de courte durée mais bénéfique pour le personnage qui mûrit apprend à lire. 

"lire peut procurer de l'ivresse. " 
La lecture a ici un rôle aussi important que la nourriture pour survivre. Car il est bien question de survie.

"Apprendre. C'est comme une faim. Mieux que la faim. Si je pouvais dévorer les mots pour les enfermer dans mon corps, je le ferais."

Le personnage de Mem évolue beaucoup dans ce récit. Mem semble amnésique, anesthésiée par la violence au début puis  elle va petit à petit s'ouvrir au monde et faire confiance, trouver l'espoir et enfin être libre.
Cette quête initiatique est une quête d'identité : car elle retrouvera son nom à la fin de l'histoire. Comme Ulysse au début de ses aventures qui n'est rien, personne "Nemo". Mem n'est rien, elle est invisible, insignifiante, faible. 

"L'ignorance engendre la peur, et la peur, la haine.
Dans la haine, la mort se sent à l'aise, au chaud. Elle jubile."


Ce récit initiatique amène une réflexion sur les totalitarismes qui appauvrissent l'humanité, l'avilissent durablement mais il s'achève sur une note d'espoir. A découvrir. 


 

King Kong d'Antoine GUILLOPPE


❤❤❤❤❤

King Kong

Antoine GUILLOPPE

Gautier-Languereau

octobre 2015

 

(article rapatrié de mon ancien blog)

Antoine Guilloppé nous livre un nouveau trésor de découpes au laser en noir et blanc. Cette fois, il s’attaque au formidable King Kong et nous donne une version où l’action prime sur les paroles. Les tableaux se succèdent et donnent à voir  un Kong impassible et énigmatique et des hommes minuscules, fragiles autant perdus dans la jungle véritable que dans la jungle urbaine.

 Antoine Guilloppé continue d’exploiter le noir et blanc qui sied bien à Kong et rappelle le film des années 30. Cela  met bien en valeur le choix des points de vue, des cadrages cinématographiques comme dans Loup noir.


Le découpage laser des décors de ville sont un écho à Little man et la jungle à Ma Jungle.  Ce choix permet de deviner à travers la découpe la suite de l’histoire par fragments et permet de créer aussi une confusion ou une fusion de deux images qui s’appellent ou se contredisent.  Le plaisir des yeux est là dans ces jeux d’ombre et de lumière, de positif/négatif. Lorsque l’on tourne les pages lentement à la lumière d’une lampe, une ombre supplémentaire s’imprime éphémèrement sur le blanc de la page amenant profondeur et intensité dramatique.


Parlons de la couverture ou plutôt de la sur-couverture en découpe : ici, Guilloppé propose le portrait de Kong en gros plan de sa gueule aux traits très humains. Ce choix de blanc sur fond noir me fait penser au drapeau pirate avec la tête de mort (présage néfaste pour Kong ? ). Tout en sobriété cette couverture raconte déjà le début de l’histoire avec le bateau en partance. Un bateau qui quitte la ville éclairée pour l’inconnu sombre, obscur sous le regard de Kong toujours présent (ici : le reflet de la lune). La statue de la liberté en contre-bas semble dans une posture assez inhabituelle sous cette ville qui la domine. Quatre éléments se confrontent sur cette double page : la Liberté, la Lune, la ville et le bateau sous fond de nuit et d’eau. La page de titre se trouve en regard et sous le regard toujours de Kong omniprésent.


Les personnages sont 4 silhouettes noires minuscules sur ce bateau, en face le déchiqueté de la découpe montre confusion, tête de mort, un monde peut rassurant, trouble. L’on voit ensuite ce que les indigènes voit à travers le feuillage. Ces deux doubles pages sont un champ/ contre-champ superbe opposant deux mondes, deux objectifs.


A droite en bas se poursuit l’action.


Voilà Kong et en vis-à-vis, la captive Ann, silhouette noire enchainée au milieu de la jungle inextricable. Se succèdent des plans d’action figés sur l’avancée périlleuse de l’équipe de tournage dans ce monde perdu.


Une dentelle d’émotions laisse face à face Carl et Kong dans cette jungle hostile, où les hommes s’effondrent tel un château de cartes. Seule, une passerelle fragile se trouve entre ces deux êtres que tout oppose. Leur mains sont ouvertes l’une vers l’autre mais Carl rebrousse chemin.


Seul reste Jack , silhouette noire au bord de la lumière, d’un précipice vertigineux, du vide à mettre en parallèle avec celui de la fin où l’on voit Ann en surplomb de la ville. Moment suspendu dans ce monde d’action où l’homme est toujours en mouvement, en fuite, en recherche, en agitation.


Course éperdue du couple en blanc sur fond noir qui fuit un Kong déjà prisonnier d’un cadre ou les morceaux de bois semblent les barreaux d’une prison. Suit une double page où Kong, blanc, emprisonnant entre ses jambes Jack succombe aux bombes soporifiques.


C’est le retour à New York avec une image cubiste de Kong transformé en gratte-ciel. Image très graphique en contraste complet avec les arabesques raffinées de la salle de spectacle où le public anonyme se devine à peine et le héros du jour se noie dans l’excès des dorures et des paillettes.


Sur la double page suivante nous est donné à voir par les yeux de Kong l’éblouissement comme un point de vue subjectif.  Et Kong est là, dans un cadre découpé et enchaîné . L’action est toujours représentée en bas dans un coin, dominent l’état d’esprit de la « bête », ses émotions. Cette silhouette vide, blanche de Kong qui escalade l’Empire State Building semble un fantôme sur la ville.

 New York se dévoile en panoramique sur la page suivante, ville de lumière au milieu de la nuit. Seule la flèche de l’Empire State Building sort du cadre et est dans la lumière comme un espoir de vie vers quoi se dirige Kong.


Les avions en formation serrée semble fondre vers la silhouette éclairée de Kong, sans défense dans cette jungle de métal. Sous les avions la ville semble une ruine.


L’assaut final est donné, Kong est prisonnier du cadrage, encerclé.


La page qui suit rend compte de sa vision sur le vide en plongée, déformée par l’altitude, donnant le vertige : le moment où le gorille vacille. Enfin une contre-plongée oblique rend compte de la chute fatale du King.

 


Finalement Ann reste prisonnière de ce monde où la nature est absente. Son ombre, son attitude semble montrer ses bras dans le dos comme enchaînés. Elle contemple le vide.


Cet album est magnifique à dévorer des yeux encore et encore et à méditer.

Le Garçon de feu

  Le Garçon de feu Sarthak Sinha Editions Du Ricochet EAN : 9782352635512      Un petit album plein de tendresse avec ce feu follet. Tim se...