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dimanche 16 août 2020

#PLIB2020 Mers mortes

 

  ☠🌊🕱👻🐬

Mers mortes

Aurélie Wellenstein

Scrineo 

mars 2019

364 p.

#ISBN:9782367406602 

  #ISBN9782367406602

La petite histoire

C'est un roman de l'imaginaire où la survie de l'humanité est en jeu suite aux dérives climatiques, de pollutions et de massacres d'animaux. 

On se retrouve avec des pirates bravant les mers mortes où sévissent des fantômes d'animaux marins dévorant les âmes humaines en guise de châtiment. Oural un exorciste pourra peut-être infléchir cette malédiction. 

 Le contexte de lecture

Ce roman fait partie des cinq finalistes du Plib 2020 et de ma sélection finale. J'avais découvert la plume d'Aurélie Wellenstein avec le fiévreux et percutant Dieu oiseau. C'est avec curiosité et envie que je me suis lancée dans cette lecture. 

le PLIB
Avant de donner mon ressenti un point sur la couverture. Une fois encore, c'est Aurélien Police qui signe l'illustration de couverture et une fois encore il donne à voir en concentré le contenu de cette histoire, son ambiance et avec toujours une esthétique qui subjugue.   

L'univers et l'intrigue imaginée par Aurélie Wellenstein

Nous sommes dans un monde futuriste apocalyptique où quelques humains survivent malgré l'assaut de marées fantômes qui déciment les âmes. Même si l'on se trouve dans une histoire complètement ancrée dans l'imaginaire avec son vaisseau fantôme piloté par un pirate hors norme, le contenu est criant d'actualité et nous alerte sur nos responsabilités d'ici et maintenant, urgentes. Par le biais d'un monde ravagé et habité de surnaturel, Aurélie questionne le monde d'aujourd'hui et ses dérives désastreuses. Elle allie son talent de conteuse à son souci de prise de conscience. Elle lance une alerte comme on lance une bouteille à la mer... L'humanité est-elle consciente de l'urgence ?  

Les personnages

 Je ne ferai pas le tour de tous les personnages qui sont choisis avec soin et présentent des personnalités complexes et crédibles. Je m'attache à présenter trois d'entre eux.

Oural, exorciste

Il est le héros, un peu naïf, enfermé dans son bastion, à l'imagination bridée par l'étroitesse de son refuge et qui rêve d'espace et d'exploration. Il va être entraîné dans une épopée digne d'Ulysse sur une mer de monstres qui le conduit de Charybde en Scylla à chaque nouvelle étape. Il rappelle un autre héros grec : Enée descendant aux Enfers, sauf que les Enfers sont notre Terre dans quelques décennies.

Bengale, pirate énigmatique et meneur de troupe

C'est mon personnage préféré car il va se révéler au fil de l'histoire et provoquer des émotions contradictoires. Son identité crée un trouble et une fascination autour de lui, de son équipage mais aussi pour le lecteur qui guette chacun de ses gestes, chacune de ses décisions.

Trellia, delphine empathique 

Le rapport qu'entretient le dauphin avec Oural est une relation presque fusionnelle. Ils s'aiment, se comprennent par delà les mots. Cette relation unique pose question tout au long du récit et est porteuse d'espoir. Parmi les fantômes d'animaux, elle fait exception dans son attitude vis-à-vis des hommes et de ses congénères qu'elle préfère occire pour préserver, protéger Oural.

La plume d'Aurélie Wellenstein

Comme dans son précédent roman, Aurélie tire les ficelles de la tension avec maestria même si ici le rythme est différent. La tension monte progressivement et l'addiction s'intensifie au fil des pages. Elle adopte le rythme des marées avec une amplification de celles-ci à chaque flux.  Les rebondissements s'enchaînent, les questions se bousculent jusqu'au final "wellensteinien", c'est-à-dire inattendu, cinglant, absolu.

 Ce que je retiens de cette lecture

 C'est haletant et avec un message non poussif de responsabilité humaine vis-à-vis de la planète.Une belle découverte qui rend compte de l'imagination florissante de l'autrice mais également de son engagement écologique. Distraction et réflexion se mêlent avec brio.

samedi 4 janvier 2020

Le Bois-sans-Songe #PLIB2019

crédits : Magic Mirror
Le Bois-sans-Songe
Laetitia Arnould
Magic Mirror
octobre 2018
456 p.
#ISBN:9791097222086


Le texte d'éditeur
Il est des larmes qui ne sèchent pas. Il est des blessures qui restent ouvertes.
Il est des êtres qui les surmontent quand d’autres finissent par sombrer.
Il est ceux qui les gardent en eux. À jamais.
-

Comment survivre quand on est la seule personne éveillée parmi des êtres en proie à des cauchemars éternels ?

Princesse héritière de Modighjem, Liv se retrouve isolée, prisonnière de son pays désormais morne, séparée du reste du monde par un bois infranchissable, né le soir de la malédiction. Jusqu’au jour où son destin erratique croise celui de ce personnage entouré de ténèbres, avec son parapluie pagode et ses airs de prince maudit…
-
Pourquoi continuer à vivre quand les personnes qui nous étaient chères ont été massacrées, quand une principauté entière a sombré face à la rage des hommes et que l’on est seul, le dernier représentant de son peuple ?

Lennart Leifsen a choisi la vengeance comme raison d’exister. Retranché dans son lugubre manoir, penché sur son rouet, il tisse chaque soir, à partir de ses larmes, le sort qui maintient les Modigs sous le joug de ses tourments. Jusqu’à ce que survienne cette jeune fille dépenaillée, aussi agaçante qu’inconsciente, et que les larmes providentielles se refusent à lui…


Le contexte de lecture

Une lecture de saison, j'adore lire des contes à cette période de l'année et ce roman me fait de l’œil depuis un moment. J'ai adoré plonger dans ce monde de fééries et de maléfices.
La couverture réalisée par Mina M. est magnifique et totalement raccord avec cette histoire.

La petite histoire

Liv, fille du roi de Modighjem va se retrouver plongée comme son peuple dans une malédiction cauchemardesque, mais elle sera la seule à pouvoir agir et se mouvoir alors que tous les sujets du royaume vivent un cauchemar éveillé. La cité est totalement enclavée par un bois ensorcelé qui les tient prisonnier. Liv va échapper à cette forêt maléfique et rencontré Lennart Leifsen, l'habitant d'un manoir à proximité du bois maudit. Un personnage glacial, guindé et au regard d'une infinie tristesse. Le feu qui brûle dans le coeur de Liv va rencontrer la glace de son hôte hautain... des étincelles ne vont pas tarder à apparaître entre ses deux êtres. 

Ce que je retiens de cette réécriture de conte...

 J'ai apprécié l'univers magique créé : rien n'est laissé au hasard et les réminescences du conte de la Belle au Bois Dormant trouve une résonnance nouvelle et fraîche, revigorante. J'aime ce bois sensible qui reproduit les états d'âmes de son créateur tout comme le manoir qu'il habite. La nature et les objets s'animent, la magie sature l'air alors qu'elle aurait dû disparaître complètement de ce monde. Les pouvoirs de Lennart sont magnifiques et j'aurai voulu plus d'intéraction avec le parapluie magique. La richesse du monde imaginaire créé et des éléments magiques disséminés est fabuleuse.

L'intrigue retravaillée ici, nous mène de fausses pistes en révélations vers une vérité plus nuancée que celle des contes. J'ai aimé la plume de bout en bout, elle m'a emporté avec ses moments de pause et ses reprises effrénées. L'écriture est fluide et délicate, vive et précieuse à la fois, idéale pour ce texte merveilleux.

Venons-en aux personnages qui ont été particulièrement soignés. 
Liv est un personnage solaire qui voit le bon en toute personne mais qui est loin d'être niaise pour autant. Elle n'apprécie pas la guerre qui fait des victimes dans les deux camps. Elle déplore les méthodes expéditives avec lesquelles sont pères à repousser leurs ennemis. Elle est une fille d'action, curieuse et déterminée. Sa force réside dans sa volonté quasi inébranlable.

Mon personnage préféré est un être torturé à la beauté glaciale :  le bien nommé Lennart. Sa fêlure date de son enfance et du désamour de sa mère.  J'ai apprécié toutes ses confrontations avec Liv et son évolution au fil de l'histoire. Il va s'affranchir de son passé pour se donner le droit de vivre ou de mourir comme il l'entend.
C'est le point fort de cette histoire : la relation , la rencontre de ces deux-là.

Les autres personnages ont leur place et leur rôle bien établi, ils sont très bien travaillés et apportent les éléments nécessaires pour éclairer l'intrigue mais ce conte est avant tout une magnifique romance où la tension est vive à chaque instant.



Une belle écriture et une revisite pleine de magie et d'émotions avec un univers sombre et des personnages intrigants. Cette réécriture du conte la Belle au Bois dormant vaut que l'on se perde dans la forêt. La couverture réalisée par Mina M. est un enchantement qui retranscrit l'atmosphère et les personnages à merveille.

samedi 23 novembre 2019

Les Aventures occultes de Lady Bradsley #PLIB2020

Editions du 38
👻👻💀👻👻

Les Aventures occultes de Lady Bradsley
Olivier Saraja
Editions du 38
avril 2019
344 p.
#ISBN:9782374536743


Le texte d'éditeur

 Lady Bradsley est une jeune veuve douée de talents particuliers : elle parle aux morts, elle décrypte les souvenirs qui imprègnent les lieux qu’elle visite. Que ce soit au service de la Couronne britannique, du British Museum ou encore pour ses intérêts personnels, elle sillonne le monde du début du XXe siècle, en proie aux rivalités coloniales entre l’Angleterre, la Belgique et la France, pour résoudre les mystères occultes qui s’offrent à elle. Mais tandis que le spectre de la première guerre mondiale se profile, comment gérera-t-elle sa malédiction personnelle ? En effet, Lady Bradsley est elle-même hantée par Henry, le fantôme de son mari, dont l’amour est si fort qu’il transcende les frontières entre les mondes.

Quelque part entre Adèle Blanc-Sec et la nièce imaginaire d’Indiana Jones, nous vous invitons à prendre place à ses côtés dans ces aventures qui la mèneront de Hong Kong à Londres, en passant par le Népal, Baghdad ou encore la colonie du Dahomey, en Afrique. Le monde et ses mystères occultes ne sont pas assez grands pour les talents médiumniques de Lady Bradsley !

Le contexte de lecture

Lu dans le cadre de l'épreuve contre la montre du 8 novembre au 15 novembre, du #PLIB2020.


PLIB
 Ce que je retiens de cette lecture...

 Le contexte historique

Nous avons là une intégrale des chroniques de la célèbre médium Lady Bradsley de 1904 à 1916.
Nous sommes à l'époque du colonialisme européen, fortement marqué dans les différents lieux traversés : Hong Kong et sa révolte des Boers, les hautes montagnes du Népal et sa légende du Yéti, le Dahomey africain et ses esprits animistes. L'on retrouve également l'attrait de l'époque pour l'archéologie avec les fouilles au Moyen-Orient, l'engouement pour les cabinets de curiosités et les séances d'hypnose ou d'occultisme à Londres.

 L'atmosphère fantastique

L'auteur nous entraîne dans les différentes croyances du monde des esprits fantômes asiatiques avec des objets envoûtés et des monstres spectraux maléfiques, des entités puissantes enfermés dans des urnes funéraires comme les djinns des lampes magiques, des fantômes de lion et de reine maudite et guerrière, le spectre frappeur d'une jeune fille sacrifiée, des êtres de légende comme le yéti...

 Les personnages

J'ai adoré voyager d'énigmes en résolutions à travers ce monde désuet et suranné avec une Lady loin d'être précieuse, érudite et aventurière au fil de ses rencontres avec l'au-delà spirite. J'aime le sang froid de cette héroïne qui pourtant  est de feu lorsque sa famille est en danger et lorsqu'elle est fasse au fantôme de son mari très tôt disparu.
Elle est un mélange d'Indiana Jones avec ses aventures rocambolesques et dangereuses mais aussi de Sherlock Holmes par la méthode et la tenacité, toujours accompagné de son fidèle Watson, Xiao, son associé,  ici un érudit en sciences occultes et fin connaisseur de la culture asiatique.

L'écriture

J'ai trouvé que l'approche sous forme de chroniques dynamise le récit et laisse des ellipses qui sont des respirations bienvenues entre chaque aventure. On ne s'ennuie pas une seconde et l'on plonge facilement dans chaque enquête avec le fil rouge de la relation de Lady Bradsley avec son mari défunt Henry. C'est intrigant et pleins de rebondissement avec une écriture qui dose à la perfection les éléments fantastiques.

Lady Bradsley est une aventurière sensible aux pouvoirs médiumniques particuliers dont elle use pour libérer les fantômes et braver les esprits maléfiques. Elle traverse le monde entier, telle une Indiana Jones au féminin avec témérité, enquêtant avec sang froid au milieu de flux spirites. Des mésaventures dépaysantes avec un léger accent suranné, addictives et bien menées.

samedi 16 novembre 2019

Thorngrove #PLIB2020


Lynks




Cécile Guillot
Lynks
octobre 2019
269 p.
#ISBN:9791097434373




Thorngrove. Sa forêt d'épines. Son manoir abandonné. Sa légende noire. Ses jumelles maudites.
Lorsque Madeline débarque à Oakgrove et s'intéresse d'un peu trop près à Thorngrove, elle déclenche une série d'événements de plus en plus inquiétants. Et lorsque sa sœur est touchée, Madeline se demande quelles forces obscures elle a bien pu réveiller...

Thorngrove. Sa forêt d'épines. Son manoir abandonné. Sa légende noire. On raconte que jadis, des jumelles y ont vécu. Que l'une d'elles est devenue la proie du Malin et a tué sa propre sœur... Qu'elles hantent toujours les lieux.

De nos jours, Madeline débarque à Oakgrove suite à la séparation de ses parents. Quand on lui demande de faire un dossier sur la ville, la jeune fille, curieuse d'en apprendre plus, pense tout de suite à la légende urbaine de Thorngrove. Mais son enquête pourrait bien avoir des conséquences insoupçonnées,menaçant la santé mentale déjà fragile de sa cadette, Meadow. Lorsque celle-ci se met à agir de manière de plus en plus inquiétante, Madeline se demande quelles forces obscures elle a bien pu réveiller... et si les fantômes ne seraient pas réels.

 
Je me suis procuré le livre en avant-première aux Aventuriales où j'ai rencontré pour la deuxième fois l'autrice toujours aussi réservée et sensible. Je la remercie pour sa dédicace délicate et attentionnée.

Une lecture effectuée dans le cadre du #tournoideselites et de sa première épreuve, l'épreuve des audacieux du #PLIB2020. Seules lectures autorisées : SFFF ou Thriller/Polar. J'ai choisi de découvrir un présélectionné du PLIB2020 et j'ai fait une très bonne lecture. 

PLIB


Il est, de plus, sélectionné dans les 20 et passe donc à l'étape suivante. Souhaitons à son autrice qu'il continue dans l'aventure du PLIB2020.

 

Madeline et Meadow débarquent avec leur mère dans un trou pluvieux du Wisconsin, loin de la ville et de leur père. 
Madeline ne décolère pas depuis que son père est parti avec une nouvelle femme. Elle est à fleur de peau, bagarreuse. 
Meadow est égale à elle-même, elle présente des troubles autistiques qui la pointe comme étant différente au regard des autres. Mais elle semble bien s'intégrer au lycée. 
Madeline va faire la connaissance d'un garçon de sa classe, un peu marginal, Baine, qui va devenir son ami et son partenaire pour un exposé qui les amène à travailler sur le manoir lugubre de Thorngrove. Une atmosphère délétère plane sur ce lieu et elle va contaminer l'humeur des deux jeunes filles, sujettes à des émotions exacerbées, quasi incontrôlables.




 L'objet-livre

Je voulais d'abord souligner le magnifique travail d'édition, avec le soin porté à la couverture par le biais de la magnifique illustration de Fernanda Suarez (@fdasuarez sur Insta), ainsi que de la police de caractère fort bien choisie du titre. La mise en page est elle aussi très raccord avec cet ensauvagement, ce roncier qui avale les pages, jusque sur la tranche qu'il noircit.  



 

L'atmosphère et l'agencement de l'intrigue

Parlons d'abord de l'ambiance créée par l'autrice : le mystère est de mise dans ce roman fantastique où l'on avance avec l'héroïne Madeline d'abord sereinement, sans appréhension et puis l'angoisse pointe, enfle, s'affermit au fil des pages. 
Cécile Guillot construit son intrigue comme une enquête avec des indices qui s'ajoutent au fur et à mesure pour reconstituer un puzzle macabre où à la fin c'est le visage de la mort que l'on finit par apercevoir. 
Mais ce que j'aime dans ce roman, ce sont les respirations et les moments feelgood qui sont distillés de ci de là notamment quand Madeline et Blaine se retrouve. Ce personnage masculin est un catalyseur de mauvaises ondes, il est pacificateur. 

Le lieu antinomique de Thorngrove et dont je rêverai pousser la porte est ce petit salon de thé bric à broc où Blaine amène Madeline afin qu'elle goûte à une tarte au potiron. 

Pour ajouter à l'atmosphère déjà frissonnante, l'autrice nous situe à la période d'Halloween et du jour des morts, en octobre et novembre, mois pluvieux par excellence. 

Le manoir de Thorngrove est comme retourné à l'état sauvage, sans propriétaire véritable, abandonné et entouré d'une légende amérindienne reprenant l'idée du sacrifice du frère, du double pour une renaissance, un équilibre entre le bien et le mal. 

Je ne résiste pas à l'envie de partager cette légende signifiante et poétique, symbolique et tragique. 

 
"  Quand le déluge inonda le monde, Moqwaio envoya son corbeau pour trouver un bout de terre. Survolant la surface des eaux, l'oiseau aperçut la cime d'arbres dépassant des flots. Moqwaio s'y posa et restaura le monde, faisant reculer les eaux. Il devint un héros aux yeux du peuple. Mais Anamaqkiu, l'esprit malfaisant de la forêt, était furieux : il décida de tuer Manabush, le frère jumeau de Moqwaio. Il planta l'épine de la discorde dans le coeur du jeune homme, et quand les frères se disputèrent, en venant aux mains, Manabush glissa malencontreusement dans le lac. (...) Moqwaio voulut le sauver, mais Anamaqkiu gela la surface de l'eau, de sorte que le frère resta prisonnier du lac et se noya sous les yeux du héros. L'esprit l'emporta ensuite avec lui dans le Monde du Dessous.

Les personnages

Cécile Guillot a su modeler des personnages attachants, malgré ou grâce à leurs défauts, leurs failles, leur fragilité. 
Je ne retiendrais ici que Madeline, Meadow et Blaine même si les autres personnages apportent de l'épaisseur et de la consistance à ces trois-là. 
L'autrice laisse s'exprimer les deux sœurs, chacune avec sa sensibilité, son caractère.  D'ailleurs, leurs voix s'alternent et se répondent comme des échos lancés au vide. Un amour fraternel les unit mais la parole entre elles est difficile. On le remarque à plusieurs reprises dans le récit. 
Elles ont une difficulté à communiquer, à formuler leur ressenti. 
Meadow semble posséder des troubles autistiques, une sorte de clairvoyance, aussi. Elle est étrange, au ses plein du terme, étrangère à l'autre (même sa sœur).  

J'aime beaucoup le traitement qui est fait de la différence, de l'importance du regard des autres sur soi, sur son entourage. 

J'en viens au personnage de Blaine, que j'aurai voulu voir développé un peu plus. Il possède une aura solaire et bienfaitrice, il est comme un baume sur les plaies à vif de Madeline qui n'est qu'émotions, explosions. J'aime ce duo. 

Je dirai que l'autrice excelle à rendre compte des relations entre les personnages, et les non-dits sont souvent plus puissants que les mots. 
Une ambiance fantastique réussie avec des histoires de familles et de malédiction. J'ai beaucoup aimé la légende amérindienne qui parcourt le récit. Madeline et Meadow sont très différentes mais elles se complètent et j'ai bien aimé aussi Blaine, un garçon attachant.


" N'allez pas sur ma tombe pour pleurer !
Je ne suis pas là, je ne dors pas !
Je suis les mille vents qui soufflent, 
Je suis le scintillement des cristaux de neige, 
Je suis la lumière qui traverse les champs de blé, 
Je suis la douce pluie d'automne, 
Je suis l'éveil des oiseaux dans le calme du matin, 
Je suis l'étoile qui brille dans la nuit !
N'allez pas sur ma tombe pour pleurer
Je ne suis pas là, je ne suis pas mort. "

samedi 9 novembre 2019

Vert-de-Lierre #PLIB2020


Noir d'Absinthe
 
Vert-de-Lierre
Louise Le Bars
Noir d'Absinthe 
mars 2019
194 p.
#ISBN:9782490417247



" Une femme se tenait derrière moi, à quatre mètres environ ; son visage me terrifia. Il ne semblait ni jeune ni vieux, à la fois semblable à un tissu froissé par une main rageuse ou sculpté dans l'écorce d'un bois mort ; seuls deux yeux au vert luciférien perçaient le désert de ce visage braqué sur moi. j'avais enfin mon signe, celui que j'attendais, celui qui m'indiquerait le seuil franchi entre légende et vérité."

Le texte d'éditeur

"Olivier Moreau, un auteur de romans policiers en manque d'inspiration, décide de retourner dans le village de sa grand-mère tout juste décédée afin d'y régler certains détails. Il y renoue avec les souvenirs de son enfance, et redécouvre un étrange personnage de conte populaire local surnommé le Vert-de-Lierre, sorte d'antique vampire végétal qui le fascinait enfant. Cet intérêt va déclencher des visions et cauchemars chez l'écrivain en mal d'imaginaire ainsi que la rencontre de deux femmes tout aussi intrigantes l'une que l'autre. Olivier découvrira que cette figure païenne ancestrale est bien plus qu'un simple conte bon à effrayer les enfants ..."
 La petite histoire

 Olivier se retrouve dans son village d'enfance et il va suivre les indices d'une légende locale celle du Lierreux, comme un de ses personnages de roman policier. Il va flirter entre rêve et réalité avec une femme énigmatique qui l'envoûte littéralement et découvrir que mythologie, sorcellerie et vérité se mêlent étrangement tel le lierre au mur du château.

 Le contexte de lecture

J'ai rencontré l'autrice aux Aventuriales et elle m'a fait une dédicace de circonstance à la plume. 


 
Lu lors d'une lecture commune pour le #PLIB2020. C'est le premier livre que je découvre de la maison d'édition Noir d'Absinthe.



le PLIB


 Ce que je retiens de ce roman...

L'objet-livre

Parlons rapidement du soin apporté à l'édition de ce court roman. La couverture est sublime et est signée Marcela Bolivar, une illustratrice dont je ne peux que vous invitez à suivre son œuvre pour découvrir des portraits et une ambiance onirique. Elle a déjà signé les magnifiques couvertures aux éditions du Chat Noir d'Apostasie et du recueil Bal Masqué. 
La mise en page reprend le leitmotiv du lierre qui mange la page.






"J'étais caméléon, renaissance et mort, Hiver et Été, en mon enveloppe charnelle. Fille de la terre et du mauvais sort, lui même issu d'un dépit amoureux et d'une magie ancestrale."

 
L'intrigue

L'autrice mêle enquête policière et fantastique et romance. 

" Rose, vous êtes devenue mon roman, l'histoire qui devait s'écrire à l'encre de ma vie. Vous y trempez assurément la plume, (...) Un personnage a besoin de son écrivain. Vous êtes la narratrice de ma vie. Je sui devenu un personnage de votre monde. Rêve et réalité..."

On a l'impression de reconstituer avec le héros Olivier un puzzle dont il manque les pièces essentielles pour embrasser la situation et le mystère de la légende du Lierreux. 

" La réalité prenait des airs de polar, se teintait de l'encre de la fiction."

L'atmosphère gothique et fantastique

Très vite, le lecteur se retrouve plonger dans le doute, les mystères. Des touches d'irréel teintent cette histoire de malédiction, de mythologie qui semble remonter à la nuit des temps. 

" J'avais le sentiment que les contours de toute logique s'émoussaient, qu'aucune limite ne distinguait plus le réel du conte."

On chemine dans un labyrinthe végétal qui parfois semble sans issue. Puis un fantôme, une ombre attire l’œil et on avance tel le héros, hypnoptisé ici par le phrasé de l'autrice qui nous ensorcelle telle Rose avec son Olivier.  



 La légende

 Ici, l'autrice imbrique des mythes au milieu de légendes, elle lace et entrelace des croyances  mythologiques avec de la magie chamanique, des sortilèges de sorcières et des superstitions populaires. Elle tisse sa propre mythologie avec la poésie et des références littéraires nombreuses et qui se font écho.


"Je pense que le mythe est une autre forme d’Histoire, vous comprenez ? L’histoire de la vie intérieure de l’Homme, le versant nébuleux et poétique de la vie humaine, la réalité de leur imagination qui leur a servi de vérité pendant des siècles. La fiction et la vie sont jumelles de sang, vous savez."

 " J'aime profondément l'idée de personnifier un fleuve, un nuage ou la mort, m'expliqua-t-elle. Une façon propre à notre espèce d'assimiler ce qui ne lui ressemble pas. De donner un visage familier à l'inconnu, à l'invisible. (...) Cela permet de nommer sa peur ou son émerveillement, rien de moins. D'accueillir l'étrange et l'imprévu comme faisant partie intégrante de son propre univers, afin de l'enrichir, et non de les en exclure. "

Le Lierreux


« Son corps est de bois sec et dur,
Qui craque et grince
Ses doigts griffent, ses doigts pincent,
Son visage est une blessure
Pour quiconque le regarde
Du vert-de-Lierre prenez garde,
Dans ses yeux guette le Profane
Prêt à bondir sur votre âme
Son souffle est tel un cri de hibou
Qui trouve son écho entre chien et loup
Il aime les âmes en fleurs
Jeunes et fraîches à cueillir
Entre ses lèvres se fanent
Les amours printanières
Sur ses noueuses épaules languissent
Espoir et jeunesse, qui gémissent,
Et se dessèche comme l’automne
Son rire amer de faune »



" une Dame sans Sève (...), une jeune fille qui aurait fait une fatale rencontre avec le Vert-de-Lierre, l'homme-sylphe, le Lierreux. Tel un incube végétal, à chaque sacre du printemps, il se libérait de l'étreinte d'un lierre grimpant sur l'un des murs du château pour posséder la jeune fille qui avait le malheur de croiser son chemin. "

Les personnages

Même si l'on suit Olivier tout au long du récit les véritables actrices de cette fable sont Rose, Mary, Florelys-Mélisande. 
Elles sont sorcières au regard des hommes. 

" Les sorcières représentent ce seuil entre féminité libre et nature.  "
 L'autrice parle de la condition féminine, des mariages arrangés, au fil des époques, des entraves qui les soumettent aux hommes, à la société. 

" J'avais déjà observé les jeunes mariées au village, et toutes dans le regard avaient quelque chose d'éteint ; cette lueur de vie si pétillante avait été comme domestiquée, et on n'y lisait désormais plus que des regards convenus d'épouses soumises à la volonté de leurs maris. Et sous cette résignation, la jeune fille enfermée derrière les barreaux des conventions."

 " La rumeur avait enflé, monstre de médisance se nourrissant de son propre venin."

 J'aime beaucoup la réflexion sur la féminité et la prise de conscience progressive, par la femme, de son corps et de sa capacité à exister par elle-même.




"Telle un serpent ou une salamandre, je muais, repoussais, par le biais d'une force de vie irrépressible. Et ce fut grâce à cette deuxième vie qui commençait, grâce à l'homme qui m'avait arraché à cette misère, que mon éclosion fut complète et que je devins cette femme "reflorée". Mon âme et mon corps avaient retrouvé leurs pétales." 

J'aime cette approche de la femme liée aux éléments, à la nature. La femme est émotions et sensations en accord avec ce qui l'entoure. C'est très poétique, gothique, romantique comme approche.

 " Doucement, je m'enracine. Je rejoins cette immensité muette qui fait de moi un élément autant qu'un être. Je suis cette terre qui me porte, je suis ce vent qui m'ébouriffe, cette pluie qui lave d'oubli les pas de chacun. Je suis le bruissement de ces feuilles qui dentellent le silence."

 
" J'ai toujours voulu écrire sur les femmes et leur rapport étroit avec la nature.(...) ce lien qui a quelque chose de surnaturel, d'ailleurs. "


L'écriture

Les nombreuses citations  qui jalonnent cette chronique rendent compte de mon plaisir des mots. 

" Une houppelande de silence épais nappait ces murs d'un vert profond. "

 Je suis conquise par le phrasé de l'autrice. j'espère retrouve ces respirations et cette poésie dans un prochain récit.

" Le château de Mont-Drienne trônait là, tombé dans un bienheureux oubli, festonné de silence."

Une très belle plume poétique et engagée avec une histoire fantastique aux accents gothiques où sorcellerie et mythologie s'entrelacent tel le lierre à l'arbre irrémédiablement. La métamorphose est au coeur de ce récit sur l'identité.

" Du lierre coule le sang de l'été
Viens, viens m'aimer, doux Rêve 
Que je t'offre mon âme en sève
Le lierre a butiné ma beauté. "

samedi 19 octobre 2019

Une saison chez les sorcières : Automne


  🍂🔮☕🍁
Une saison chez les sorcières : Automne
Anaïs Goldemberg
Edition du Lumignon
octobre 2017
71 p.

🍁Le texte d'éditeur🍁

crédits : Lumignon
crédits : Lumignon

🍂La petite histoire🍂

  Nous débarquons dans une forêt enchantée lors de l'arrivée de l'automne et d'une grande fête. Nous déboulons dans une clairière en pleine effervescence, avec des sorcières s'affairant dans tous les sens et des animaux venus pour trouver la première feuille d'or de l'automne. Mais en fouillant la forêt, ils vont découvrir un mal insidieux qui détruit cette dernière. Que vont faire les sorcières pour se tirer de ce mauvais pas...

crédits : Lumignon
  🔮Ce que je retiens de ce livre...🔮

  Un roman illustré très bien soigné  dans la présentation et avec des dessins crayonnés qui alternent avec de grandes illustrations très colorées. Le texte prend une nuance marron en accord avec la saison.
Des couleurs très vives pour magnifier la forêt qui revêt les teintes de l'automne et pour représenter les 25 sorcières hautes en couleur.
 
crédits : Lumignon


Une histoire assez simple finalement autour d'une malédiction ou d'un sortilège qui enquiquine quelque peu nos sorcières bien établies dans cette forêt enchantée : c'est très mignon et coloré avec des illustrations douces et tendres pour passer un bon moment dans une ambiance automnale réussie. Une lecture jeunesse dès 7-8 ans.

Le Garçon de feu

  Le Garçon de feu Sarthak Sinha Editions Du Ricochet EAN : 9782352635512      Un petit album plein de tendresse avec ce feu follet. Tim se...