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jeudi 28 décembre 2023

La Jeune institutrice et le grand serpent

 La Jeune institutrice et le grand serpent

Irène Vasco (autrice)

Juan Palomino (illustrateur)

Obriart

ISBN : 9791095135494

 


    Une lecture instructive et édifiante avec La Jeune institutrice et le grand serpent d'Irène Vasco et de Juan Palomino chez Obriart éditions.

La petite histoire

    Une jeune diplômée se retrouve mutée au fin fond de la forêt amazonienne pour apprendre à lire à des jeunes d'une tribu où la tradition orale est de rigueur. Elle va découvrir leur vie et la transmission des légendes qui constituent avec la broderie leur culture. La place de la nature est aussi là pour rappeler les priorités.
 

 
Mon ressenti

    Un album construit comme un voyage initiatique de la ville vers la nature sauvage, de la civilisation et de la rationalité à la spontanéité et aux légendes. De l'importance de la transmission et du savoir, de la lecture pour communiquer et créer du lien. Très bel hommage à l'éducation. Les illustrations colorées et vivifiantes rendent compte d'une nature omniprésente avec une humanité remise à sa place, avec des dessins au trait, de nombreux effets d'estompage, de pochoirs et autres techniques. Les couleurs sont sublimes.


samedi 25 janvier 2020

Les Noces de la renarde #PLIB2020



Crédits : Scrineo
🩸❤🩸❤ Les Noces de la renarde #PLIB2020
Floriane Soulas
Scrinéo
mai 2019
586 p.

#ISBN9782367407043

Le texte d'éditeur

1461, Japon.
Hikari, une mystérieuse jeune femme, vit avec ses sœurs dans une forêt peuplée de petits Dieux de la province d'Izumi. Fascinée depuis toujours par les humains, elle s'intéresse de près aux villageois installés au pied de la montagne, et plus particulièrement à Jun, l'un des bûcherons. Mais le contact avec les hommes est formellement interdit par son clan...

2016, Tokyo.
Depuis toujours, Mina a le pouvoir de voir et de côtoyer les yokaï, esprits et monstres du folklore japonais. Solitaire à cause de ce don qu'elle doit cacher à tous, la jeune fille ne se sent pas à sa place dans la société.
Jusqu'au jour où un esprit tente de s'introduire dans ses rêves et que Natsume, une fille de sa classe, l'entraîne dans une chasse au démon à travers la capitale...

Deux univers qui se croisent, deux destins qui s'entremêlent, entre quête d'identité et désir d'émancipation.

Le contexte de lecture

Lu dans le cadre  d'un challenge le Tournoi des élites et l'épreuve des stratèges pour la team guérisseurs du PLIB.  J'avais déjà découvert l'année dernière Rouille de Floriane Soulas dont j'avais apprécié la plume et le sens du rythme.



Crédits : PLIB

La petite histoire

 Deux histoires s'alternent une dans le Japon médiéval merveilleux avec magie et esprits Yokaï notamment l'envoûtante Hikari , l'autre avec une adolescente Mina dans un Japon contemporain à l'ambiance fantastique souvent oppressante. Deux époques et pourtant un fil conducteur, un lien rouge sang.

Ce que je retiens de cette lecture...

 La couverture


La couverture du livre, d'abord, elle est signée Aurélien Police dont le travail est toujours aussi soigné et empreint d'émotion, de poésie, de mélancolie. Une très belle interprétation de cette histoire.

" Un craquement retentit dans le ciel moucheté d'étoiles. Mina leva la tête, juste à temps pour voir la lune se fendre en deux comme une mâchoire toute en dents déchiquetées."

 L'univers proposé 

Alternance de deux périodes : le Japon contemporain avec Mina et ses visions de fantômes et êtres surnaturels et un Japon médiéval empreint de légendes et de sacré où les petits dieux enchantent et/ou enchaînent de leurs sortilèges les hommes qui les aperçoivent.
J'aime ce chassé-croisé entre passé et présent pour petit à petit reconstruire deux histoires qui s'appellent, se font écho. 

Le Japon médiéval magnifie les saisons et la nature, l'instinct et le sacré. J'ai beaucoup aimé l'atmosphère feutrée et magique de ce temps suspendu à la frontière du réel. 

Le Japon contemporain, par contraste, est très peuplé, foisonnant, toujours saturé de bruits, de personnes, d'odeurs et de couleurs ; il est en accord avec le ressenti confus de Mina, toujours happée par les appels des fantômes. La nature y est quasi absente. 

Les personnages

Hikari est une kitsune, un yokaï renard, c'est-à-dire un esprit métamorphe sorte de petit dieu vivant dans la nature et dans des lieux sacrés vénérés et craints par les hommes. Nous suivons cette chasseresse qui vit en clan. Ce clan est exclusivement composé de femmes aux pouvoirs enchanteurs. Ces esprits vivent dans les forêts reculées loin des hommes. Hikari n'est pas sujette aux affres du temps pourtant elle s'émerveille de petits moments offerts par la beauté de la nature et elle se pique de découvrir les humains qui l'intriguent et la fascinent. Elle fait montre d'une curiosité avide de connaître l'humanité.Une distance doit être gardée entre hommes et dieux que Hikari va franchir au grand dam de son clan et pour le malheur d'un village.  Elle est attirée par Jun, un jeune bûcheron, un rien intrépide. Mais Hikari est jalousée par plusieurs femmes du clan notamment Ino, la cheffe et Morio. De ces envies vont naître une rivalité qui va bouleverser le destin d'Hikari. 
 Indépendante, Hikari n'en ai pas moins sensible. 
Par ce dernier trait, elle se rapproche de sa sœur Akane qui est douceur et compréhension, sagesse et intelligence.  Akane respecte le besoin de liberté de sa sœur a contrario du reste du clan qui réagit en meute, très possessif. 
L'instinct animal prédateur n'est jamais bien loin, gare aux hommes imprudents qui s'approchent de trop près !

Nous découvrons également Mina, une lycéenne, sujette à des visions quasi permanentes de fantômes et entités surnaturelles. C'est une jeune fille qui nous apparaît d'abord comme apeurée, acculée et ployant sous le poids d'un pouvoir qui est pour elle une malédiction. Elle subit des cauchemars récurrents et énigmatiques qui la laisse épuisée. Ce personnage va beaucoup évoluer au fil de ses découvertes et des révélations qui vont être levées sur son père et la nature de ses dons. Elle va pouvoir avancer grâce à sa rencontre avec une apprentie chasseuse d'esprit Natsume. Toutes deux vont se lancer à la poursuite d'un tueur en série qui s'attaque essentiellement à des Yokaïs dans un Tokyo nocturne et inquiétant.

On avance à tâtons dans cette histoire, les tenants et aboutissants sont dévoilés par bribes, lentement  et l'on s'attache progressivement à chaque personnage. 

Patte de l'autrice

J'aime beaucoup le rythme de ce double récit qui prend son temps et pourtant ne ménage pas nos émotions et sait être tendu par moment voire haletant. Une atmosphère d'insécurité, de menace, de tension plane constamment sur les personnages. Le lecteur n'est jamais serein.



"Le chant des oiseaux dans les arbres redoubla d’intensité et une pluie fine et miroitante se mit à tomber d’un ciel sans nuages.
- Je n’ai pas pris de parapluie, se lamenta Mina en regardant le ciel d’un bleu limpide qui pleurait pourtant des larmes fraîches.
- Ça ne va pas durer. C’est le kitsune no yomeiri, les noces de la renarde, dit Reika avec un sourire.
- Les noces de la renarde ? Qu’est-ce que c’est ? demanda Mina, intriguée.
- Une vieille légende qui dit que lorsqu’il pleut par beau temps, un kitsune se marie quelque part dans la montagne, répondit Natsume en fronçant les sourcils.
- C’est un présage, il faut prêter attention à ce qui nous entoure, renchérit la nourrice."


Je me suis laissée enchanter par ce récit exotique. Le sortilège d'envoûtement m'a transportée d'un mot à une page, d'un chapitre à l'autre, avec délice et effroi. J'ai vibré avec les personnages, sursauté souvent, serré les dents aussi.  Comme pour Rouille, ce sont les sensations qui restent prégnantes encore, plusieurs jours après la lecture, des réminiscences d'un ressenti particulier et marquant pour un bon moment.

Une belle découverte : dans un Japon alternant entre époque contemporaine et Japon médiéval avec comme trait d'union la magie des Yokaïs.

samedi 16 novembre 2019

Thorngrove #PLIB2020


Lynks




Cécile Guillot
Lynks
octobre 2019
269 p.
#ISBN:9791097434373




Thorngrove. Sa forêt d'épines. Son manoir abandonné. Sa légende noire. Ses jumelles maudites.
Lorsque Madeline débarque à Oakgrove et s'intéresse d'un peu trop près à Thorngrove, elle déclenche une série d'événements de plus en plus inquiétants. Et lorsque sa sœur est touchée, Madeline se demande quelles forces obscures elle a bien pu réveiller...

Thorngrove. Sa forêt d'épines. Son manoir abandonné. Sa légende noire. On raconte que jadis, des jumelles y ont vécu. Que l'une d'elles est devenue la proie du Malin et a tué sa propre sœur... Qu'elles hantent toujours les lieux.

De nos jours, Madeline débarque à Oakgrove suite à la séparation de ses parents. Quand on lui demande de faire un dossier sur la ville, la jeune fille, curieuse d'en apprendre plus, pense tout de suite à la légende urbaine de Thorngrove. Mais son enquête pourrait bien avoir des conséquences insoupçonnées,menaçant la santé mentale déjà fragile de sa cadette, Meadow. Lorsque celle-ci se met à agir de manière de plus en plus inquiétante, Madeline se demande quelles forces obscures elle a bien pu réveiller... et si les fantômes ne seraient pas réels.

 
Je me suis procuré le livre en avant-première aux Aventuriales où j'ai rencontré pour la deuxième fois l'autrice toujours aussi réservée et sensible. Je la remercie pour sa dédicace délicate et attentionnée.

Une lecture effectuée dans le cadre du #tournoideselites et de sa première épreuve, l'épreuve des audacieux du #PLIB2020. Seules lectures autorisées : SFFF ou Thriller/Polar. J'ai choisi de découvrir un présélectionné du PLIB2020 et j'ai fait une très bonne lecture. 

PLIB


Il est, de plus, sélectionné dans les 20 et passe donc à l'étape suivante. Souhaitons à son autrice qu'il continue dans l'aventure du PLIB2020.

 

Madeline et Meadow débarquent avec leur mère dans un trou pluvieux du Wisconsin, loin de la ville et de leur père. 
Madeline ne décolère pas depuis que son père est parti avec une nouvelle femme. Elle est à fleur de peau, bagarreuse. 
Meadow est égale à elle-même, elle présente des troubles autistiques qui la pointe comme étant différente au regard des autres. Mais elle semble bien s'intégrer au lycée. 
Madeline va faire la connaissance d'un garçon de sa classe, un peu marginal, Baine, qui va devenir son ami et son partenaire pour un exposé qui les amène à travailler sur le manoir lugubre de Thorngrove. Une atmosphère délétère plane sur ce lieu et elle va contaminer l'humeur des deux jeunes filles, sujettes à des émotions exacerbées, quasi incontrôlables.




 L'objet-livre

Je voulais d'abord souligner le magnifique travail d'édition, avec le soin porté à la couverture par le biais de la magnifique illustration de Fernanda Suarez (@fdasuarez sur Insta), ainsi que de la police de caractère fort bien choisie du titre. La mise en page est elle aussi très raccord avec cet ensauvagement, ce roncier qui avale les pages, jusque sur la tranche qu'il noircit.  



 

L'atmosphère et l'agencement de l'intrigue

Parlons d'abord de l'ambiance créée par l'autrice : le mystère est de mise dans ce roman fantastique où l'on avance avec l'héroïne Madeline d'abord sereinement, sans appréhension et puis l'angoisse pointe, enfle, s'affermit au fil des pages. 
Cécile Guillot construit son intrigue comme une enquête avec des indices qui s'ajoutent au fur et à mesure pour reconstituer un puzzle macabre où à la fin c'est le visage de la mort que l'on finit par apercevoir. 
Mais ce que j'aime dans ce roman, ce sont les respirations et les moments feelgood qui sont distillés de ci de là notamment quand Madeline et Blaine se retrouve. Ce personnage masculin est un catalyseur de mauvaises ondes, il est pacificateur. 

Le lieu antinomique de Thorngrove et dont je rêverai pousser la porte est ce petit salon de thé bric à broc où Blaine amène Madeline afin qu'elle goûte à une tarte au potiron. 

Pour ajouter à l'atmosphère déjà frissonnante, l'autrice nous situe à la période d'Halloween et du jour des morts, en octobre et novembre, mois pluvieux par excellence. 

Le manoir de Thorngrove est comme retourné à l'état sauvage, sans propriétaire véritable, abandonné et entouré d'une légende amérindienne reprenant l'idée du sacrifice du frère, du double pour une renaissance, un équilibre entre le bien et le mal. 

Je ne résiste pas à l'envie de partager cette légende signifiante et poétique, symbolique et tragique. 

 
"  Quand le déluge inonda le monde, Moqwaio envoya son corbeau pour trouver un bout de terre. Survolant la surface des eaux, l'oiseau aperçut la cime d'arbres dépassant des flots. Moqwaio s'y posa et restaura le monde, faisant reculer les eaux. Il devint un héros aux yeux du peuple. Mais Anamaqkiu, l'esprit malfaisant de la forêt, était furieux : il décida de tuer Manabush, le frère jumeau de Moqwaio. Il planta l'épine de la discorde dans le coeur du jeune homme, et quand les frères se disputèrent, en venant aux mains, Manabush glissa malencontreusement dans le lac. (...) Moqwaio voulut le sauver, mais Anamaqkiu gela la surface de l'eau, de sorte que le frère resta prisonnier du lac et se noya sous les yeux du héros. L'esprit l'emporta ensuite avec lui dans le Monde du Dessous.

Les personnages

Cécile Guillot a su modeler des personnages attachants, malgré ou grâce à leurs défauts, leurs failles, leur fragilité. 
Je ne retiendrais ici que Madeline, Meadow et Blaine même si les autres personnages apportent de l'épaisseur et de la consistance à ces trois-là. 
L'autrice laisse s'exprimer les deux sœurs, chacune avec sa sensibilité, son caractère.  D'ailleurs, leurs voix s'alternent et se répondent comme des échos lancés au vide. Un amour fraternel les unit mais la parole entre elles est difficile. On le remarque à plusieurs reprises dans le récit. 
Elles ont une difficulté à communiquer, à formuler leur ressenti. 
Meadow semble posséder des troubles autistiques, une sorte de clairvoyance, aussi. Elle est étrange, au ses plein du terme, étrangère à l'autre (même sa sœur).  

J'aime beaucoup le traitement qui est fait de la différence, de l'importance du regard des autres sur soi, sur son entourage. 

J'en viens au personnage de Blaine, que j'aurai voulu voir développé un peu plus. Il possède une aura solaire et bienfaitrice, il est comme un baume sur les plaies à vif de Madeline qui n'est qu'émotions, explosions. J'aime ce duo. 

Je dirai que l'autrice excelle à rendre compte des relations entre les personnages, et les non-dits sont souvent plus puissants que les mots. 
Une ambiance fantastique réussie avec des histoires de familles et de malédiction. J'ai beaucoup aimé la légende amérindienne qui parcourt le récit. Madeline et Meadow sont très différentes mais elles se complètent et j'ai bien aimé aussi Blaine, un garçon attachant.


" N'allez pas sur ma tombe pour pleurer !
Je ne suis pas là, je ne dors pas !
Je suis les mille vents qui soufflent, 
Je suis le scintillement des cristaux de neige, 
Je suis la lumière qui traverse les champs de blé, 
Je suis la douce pluie d'automne, 
Je suis l'éveil des oiseaux dans le calme du matin, 
Je suis l'étoile qui brille dans la nuit !
N'allez pas sur ma tombe pour pleurer
Je ne suis pas là, je ne suis pas mort. "

lundi 11 novembre 2019

Monstr'Hôtel, tome 1 : Les chasseurs de trésor #PLIB2020


Gulf Stream éditeur
❆❅✵❄
Monstr'Hôtel, tome 1 : Les chasseurs de trésor
Carina Rozenfeld
Gulf Stream éditeur
septembre 2019
224 p.
#ISBN:9782345887025

 Le contexte de lecture

Le tome 2 sort en mars 2020 avec toujours une magnifique couverture de Xavier Collette.


Gulf Stream éditeur

 Une lecture de L’Epreuve des Audacieux pour le Tournoi des élites du #plib2020.

plib
L'objet-livre

Magnifique couverture de Xavier Collette, je vous invite à aller voir son travail.  

L'autrice

J'adore le travail de Carina Rozenfeld , elle crée toujours des histoires captivantes : voir E.V.E. Entité, Vigilance, Enquête ou encore L'héritier des Draconis, un roman bien mené et une saga prenante.

Le texte d'éditeur


 La petite histoire

 L'on suit Olivia, jeune fille de 10 ans, qui vient d'arriver dans le bourg de Mont-Streuh. Elle a quitté la capitale pour ce coin paumé de France et surtout pour un manoir délabré que ses parents ont l'illusion de réparer. C'est alors qu'elle va faire une drôle de rencontre qui va changer sa vie. Elle a un pouvoir extraordinaire : elle voit les monstres qui cohabitent dans le manoir. Mais cette demeure attise la convoitise de chasseurs de trésor peu scrupuleux. L'alliance d'Olivia et les monstres va être primordiale pour la suite.

Ce que je retiens de ce roman...

L'autrice propose un récit plein de péripéties et d'aventures pour nos petits héros. On ne s'ennuie pas une seconde. 
L'on découvre un monde enchanté avec des monstres gentils et très différents. Olivia a un pouvoir très rare, elle peut voir les monstres alors que les humains n'ont pas cette capacité d'ordinaire.  Une certaine magie va être développée également par les monstres de l'histoire. 

L'amitié entre les personnages est un leitmotiv important de ce récit. 
La galerie de monstres est assez originale et variée. Ce bestiaire n'est en rien effrayant plutôt  coloré et bruyant.

Nous allons faire la connaissance d'un sorcier, de bandits, d'êtres aux pouvoirs inattendus : les Mirageurs. Tout un monde de magie gravite autour d'Olivia, une petite fille déterminée et courageuse. 
Ce sera avec plaisir que je la suivrai à nouveau dans ses découvertes et ses exploits.

Un jeunesse plein d'aventures et d'amitié dans un manoir hanté par des monstres et une chasse au trésor trépidente. Distrayant et magique...

samedi 9 novembre 2019

Vert-de-Lierre #PLIB2020


Noir d'Absinthe
 
Vert-de-Lierre
Louise Le Bars
Noir d'Absinthe 
mars 2019
194 p.
#ISBN:9782490417247



" Une femme se tenait derrière moi, à quatre mètres environ ; son visage me terrifia. Il ne semblait ni jeune ni vieux, à la fois semblable à un tissu froissé par une main rageuse ou sculpté dans l'écorce d'un bois mort ; seuls deux yeux au vert luciférien perçaient le désert de ce visage braqué sur moi. j'avais enfin mon signe, celui que j'attendais, celui qui m'indiquerait le seuil franchi entre légende et vérité."

Le texte d'éditeur

"Olivier Moreau, un auteur de romans policiers en manque d'inspiration, décide de retourner dans le village de sa grand-mère tout juste décédée afin d'y régler certains détails. Il y renoue avec les souvenirs de son enfance, et redécouvre un étrange personnage de conte populaire local surnommé le Vert-de-Lierre, sorte d'antique vampire végétal qui le fascinait enfant. Cet intérêt va déclencher des visions et cauchemars chez l'écrivain en mal d'imaginaire ainsi que la rencontre de deux femmes tout aussi intrigantes l'une que l'autre. Olivier découvrira que cette figure païenne ancestrale est bien plus qu'un simple conte bon à effrayer les enfants ..."
 La petite histoire

 Olivier se retrouve dans son village d'enfance et il va suivre les indices d'une légende locale celle du Lierreux, comme un de ses personnages de roman policier. Il va flirter entre rêve et réalité avec une femme énigmatique qui l'envoûte littéralement et découvrir que mythologie, sorcellerie et vérité se mêlent étrangement tel le lierre au mur du château.

 Le contexte de lecture

J'ai rencontré l'autrice aux Aventuriales et elle m'a fait une dédicace de circonstance à la plume. 


 
Lu lors d'une lecture commune pour le #PLIB2020. C'est le premier livre que je découvre de la maison d'édition Noir d'Absinthe.



le PLIB


 Ce que je retiens de ce roman...

L'objet-livre

Parlons rapidement du soin apporté à l'édition de ce court roman. La couverture est sublime et est signée Marcela Bolivar, une illustratrice dont je ne peux que vous invitez à suivre son œuvre pour découvrir des portraits et une ambiance onirique. Elle a déjà signé les magnifiques couvertures aux éditions du Chat Noir d'Apostasie et du recueil Bal Masqué. 
La mise en page reprend le leitmotiv du lierre qui mange la page.






"J'étais caméléon, renaissance et mort, Hiver et Été, en mon enveloppe charnelle. Fille de la terre et du mauvais sort, lui même issu d'un dépit amoureux et d'une magie ancestrale."

 
L'intrigue

L'autrice mêle enquête policière et fantastique et romance. 

" Rose, vous êtes devenue mon roman, l'histoire qui devait s'écrire à l'encre de ma vie. Vous y trempez assurément la plume, (...) Un personnage a besoin de son écrivain. Vous êtes la narratrice de ma vie. Je sui devenu un personnage de votre monde. Rêve et réalité..."

On a l'impression de reconstituer avec le héros Olivier un puzzle dont il manque les pièces essentielles pour embrasser la situation et le mystère de la légende du Lierreux. 

" La réalité prenait des airs de polar, se teintait de l'encre de la fiction."

L'atmosphère gothique et fantastique

Très vite, le lecteur se retrouve plonger dans le doute, les mystères. Des touches d'irréel teintent cette histoire de malédiction, de mythologie qui semble remonter à la nuit des temps. 

" J'avais le sentiment que les contours de toute logique s'émoussaient, qu'aucune limite ne distinguait plus le réel du conte."

On chemine dans un labyrinthe végétal qui parfois semble sans issue. Puis un fantôme, une ombre attire l’œil et on avance tel le héros, hypnoptisé ici par le phrasé de l'autrice qui nous ensorcelle telle Rose avec son Olivier.  



 La légende

 Ici, l'autrice imbrique des mythes au milieu de légendes, elle lace et entrelace des croyances  mythologiques avec de la magie chamanique, des sortilèges de sorcières et des superstitions populaires. Elle tisse sa propre mythologie avec la poésie et des références littéraires nombreuses et qui se font écho.


"Je pense que le mythe est une autre forme d’Histoire, vous comprenez ? L’histoire de la vie intérieure de l’Homme, le versant nébuleux et poétique de la vie humaine, la réalité de leur imagination qui leur a servi de vérité pendant des siècles. La fiction et la vie sont jumelles de sang, vous savez."

 " J'aime profondément l'idée de personnifier un fleuve, un nuage ou la mort, m'expliqua-t-elle. Une façon propre à notre espèce d'assimiler ce qui ne lui ressemble pas. De donner un visage familier à l'inconnu, à l'invisible. (...) Cela permet de nommer sa peur ou son émerveillement, rien de moins. D'accueillir l'étrange et l'imprévu comme faisant partie intégrante de son propre univers, afin de l'enrichir, et non de les en exclure. "

Le Lierreux


« Son corps est de bois sec et dur,
Qui craque et grince
Ses doigts griffent, ses doigts pincent,
Son visage est une blessure
Pour quiconque le regarde
Du vert-de-Lierre prenez garde,
Dans ses yeux guette le Profane
Prêt à bondir sur votre âme
Son souffle est tel un cri de hibou
Qui trouve son écho entre chien et loup
Il aime les âmes en fleurs
Jeunes et fraîches à cueillir
Entre ses lèvres se fanent
Les amours printanières
Sur ses noueuses épaules languissent
Espoir et jeunesse, qui gémissent,
Et se dessèche comme l’automne
Son rire amer de faune »



" une Dame sans Sève (...), une jeune fille qui aurait fait une fatale rencontre avec le Vert-de-Lierre, l'homme-sylphe, le Lierreux. Tel un incube végétal, à chaque sacre du printemps, il se libérait de l'étreinte d'un lierre grimpant sur l'un des murs du château pour posséder la jeune fille qui avait le malheur de croiser son chemin. "

Les personnages

Même si l'on suit Olivier tout au long du récit les véritables actrices de cette fable sont Rose, Mary, Florelys-Mélisande. 
Elles sont sorcières au regard des hommes. 

" Les sorcières représentent ce seuil entre féminité libre et nature.  "
 L'autrice parle de la condition féminine, des mariages arrangés, au fil des époques, des entraves qui les soumettent aux hommes, à la société. 

" J'avais déjà observé les jeunes mariées au village, et toutes dans le regard avaient quelque chose d'éteint ; cette lueur de vie si pétillante avait été comme domestiquée, et on n'y lisait désormais plus que des regards convenus d'épouses soumises à la volonté de leurs maris. Et sous cette résignation, la jeune fille enfermée derrière les barreaux des conventions."

 " La rumeur avait enflé, monstre de médisance se nourrissant de son propre venin."

 J'aime beaucoup la réflexion sur la féminité et la prise de conscience progressive, par la femme, de son corps et de sa capacité à exister par elle-même.




"Telle un serpent ou une salamandre, je muais, repoussais, par le biais d'une force de vie irrépressible. Et ce fut grâce à cette deuxième vie qui commençait, grâce à l'homme qui m'avait arraché à cette misère, que mon éclosion fut complète et que je devins cette femme "reflorée". Mon âme et mon corps avaient retrouvé leurs pétales." 

J'aime cette approche de la femme liée aux éléments, à la nature. La femme est émotions et sensations en accord avec ce qui l'entoure. C'est très poétique, gothique, romantique comme approche.

 " Doucement, je m'enracine. Je rejoins cette immensité muette qui fait de moi un élément autant qu'un être. Je suis cette terre qui me porte, je suis ce vent qui m'ébouriffe, cette pluie qui lave d'oubli les pas de chacun. Je suis le bruissement de ces feuilles qui dentellent le silence."

 
" J'ai toujours voulu écrire sur les femmes et leur rapport étroit avec la nature.(...) ce lien qui a quelque chose de surnaturel, d'ailleurs. "


L'écriture

Les nombreuses citations  qui jalonnent cette chronique rendent compte de mon plaisir des mots. 

" Une houppelande de silence épais nappait ces murs d'un vert profond. "

 Je suis conquise par le phrasé de l'autrice. j'espère retrouve ces respirations et cette poésie dans un prochain récit.

" Le château de Mont-Drienne trônait là, tombé dans un bienheureux oubli, festonné de silence."

Une très belle plume poétique et engagée avec une histoire fantastique aux accents gothiques où sorcellerie et mythologie s'entrelacent tel le lierre à l'arbre irrémédiablement. La métamorphose est au coeur de ce récit sur l'identité.

" Du lierre coule le sang de l'été
Viens, viens m'aimer, doux Rêve 
Que je t'offre mon âme en sève
Le lierre a butiné ma beauté. "

Le Garçon de feu

  Le Garçon de feu Sarthak Sinha Editions Du Ricochet EAN : 9782352635512      Un petit album plein de tendresse avec ce feu follet. Tim se...