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samedi 9 novembre 2019

Vert-de-Lierre #PLIB2020


Noir d'Absinthe
 
Vert-de-Lierre
Louise Le Bars
Noir d'Absinthe 
mars 2019
194 p.
#ISBN:9782490417247



" Une femme se tenait derrière moi, à quatre mètres environ ; son visage me terrifia. Il ne semblait ni jeune ni vieux, à la fois semblable à un tissu froissé par une main rageuse ou sculpté dans l'écorce d'un bois mort ; seuls deux yeux au vert luciférien perçaient le désert de ce visage braqué sur moi. j'avais enfin mon signe, celui que j'attendais, celui qui m'indiquerait le seuil franchi entre légende et vérité."

Le texte d'éditeur

"Olivier Moreau, un auteur de romans policiers en manque d'inspiration, décide de retourner dans le village de sa grand-mère tout juste décédée afin d'y régler certains détails. Il y renoue avec les souvenirs de son enfance, et redécouvre un étrange personnage de conte populaire local surnommé le Vert-de-Lierre, sorte d'antique vampire végétal qui le fascinait enfant. Cet intérêt va déclencher des visions et cauchemars chez l'écrivain en mal d'imaginaire ainsi que la rencontre de deux femmes tout aussi intrigantes l'une que l'autre. Olivier découvrira que cette figure païenne ancestrale est bien plus qu'un simple conte bon à effrayer les enfants ..."
 La petite histoire

 Olivier se retrouve dans son village d'enfance et il va suivre les indices d'une légende locale celle du Lierreux, comme un de ses personnages de roman policier. Il va flirter entre rêve et réalité avec une femme énigmatique qui l'envoûte littéralement et découvrir que mythologie, sorcellerie et vérité se mêlent étrangement tel le lierre au mur du château.

 Le contexte de lecture

J'ai rencontré l'autrice aux Aventuriales et elle m'a fait une dédicace de circonstance à la plume. 


 
Lu lors d'une lecture commune pour le #PLIB2020. C'est le premier livre que je découvre de la maison d'édition Noir d'Absinthe.



le PLIB


 Ce que je retiens de ce roman...

L'objet-livre

Parlons rapidement du soin apporté à l'édition de ce court roman. La couverture est sublime et est signée Marcela Bolivar, une illustratrice dont je ne peux que vous invitez à suivre son œuvre pour découvrir des portraits et une ambiance onirique. Elle a déjà signé les magnifiques couvertures aux éditions du Chat Noir d'Apostasie et du recueil Bal Masqué. 
La mise en page reprend le leitmotiv du lierre qui mange la page.






"J'étais caméléon, renaissance et mort, Hiver et Été, en mon enveloppe charnelle. Fille de la terre et du mauvais sort, lui même issu d'un dépit amoureux et d'une magie ancestrale."

 
L'intrigue

L'autrice mêle enquête policière et fantastique et romance. 

" Rose, vous êtes devenue mon roman, l'histoire qui devait s'écrire à l'encre de ma vie. Vous y trempez assurément la plume, (...) Un personnage a besoin de son écrivain. Vous êtes la narratrice de ma vie. Je sui devenu un personnage de votre monde. Rêve et réalité..."

On a l'impression de reconstituer avec le héros Olivier un puzzle dont il manque les pièces essentielles pour embrasser la situation et le mystère de la légende du Lierreux. 

" La réalité prenait des airs de polar, se teintait de l'encre de la fiction."

L'atmosphère gothique et fantastique

Très vite, le lecteur se retrouve plonger dans le doute, les mystères. Des touches d'irréel teintent cette histoire de malédiction, de mythologie qui semble remonter à la nuit des temps. 

" J'avais le sentiment que les contours de toute logique s'émoussaient, qu'aucune limite ne distinguait plus le réel du conte."

On chemine dans un labyrinthe végétal qui parfois semble sans issue. Puis un fantôme, une ombre attire l’œil et on avance tel le héros, hypnoptisé ici par le phrasé de l'autrice qui nous ensorcelle telle Rose avec son Olivier.  



 La légende

 Ici, l'autrice imbrique des mythes au milieu de légendes, elle lace et entrelace des croyances  mythologiques avec de la magie chamanique, des sortilèges de sorcières et des superstitions populaires. Elle tisse sa propre mythologie avec la poésie et des références littéraires nombreuses et qui se font écho.


"Je pense que le mythe est une autre forme d’Histoire, vous comprenez ? L’histoire de la vie intérieure de l’Homme, le versant nébuleux et poétique de la vie humaine, la réalité de leur imagination qui leur a servi de vérité pendant des siècles. La fiction et la vie sont jumelles de sang, vous savez."

 " J'aime profondément l'idée de personnifier un fleuve, un nuage ou la mort, m'expliqua-t-elle. Une façon propre à notre espèce d'assimiler ce qui ne lui ressemble pas. De donner un visage familier à l'inconnu, à l'invisible. (...) Cela permet de nommer sa peur ou son émerveillement, rien de moins. D'accueillir l'étrange et l'imprévu comme faisant partie intégrante de son propre univers, afin de l'enrichir, et non de les en exclure. "

Le Lierreux


« Son corps est de bois sec et dur,
Qui craque et grince
Ses doigts griffent, ses doigts pincent,
Son visage est une blessure
Pour quiconque le regarde
Du vert-de-Lierre prenez garde,
Dans ses yeux guette le Profane
Prêt à bondir sur votre âme
Son souffle est tel un cri de hibou
Qui trouve son écho entre chien et loup
Il aime les âmes en fleurs
Jeunes et fraîches à cueillir
Entre ses lèvres se fanent
Les amours printanières
Sur ses noueuses épaules languissent
Espoir et jeunesse, qui gémissent,
Et se dessèche comme l’automne
Son rire amer de faune »



" une Dame sans Sève (...), une jeune fille qui aurait fait une fatale rencontre avec le Vert-de-Lierre, l'homme-sylphe, le Lierreux. Tel un incube végétal, à chaque sacre du printemps, il se libérait de l'étreinte d'un lierre grimpant sur l'un des murs du château pour posséder la jeune fille qui avait le malheur de croiser son chemin. "

Les personnages

Même si l'on suit Olivier tout au long du récit les véritables actrices de cette fable sont Rose, Mary, Florelys-Mélisande. 
Elles sont sorcières au regard des hommes. 

" Les sorcières représentent ce seuil entre féminité libre et nature.  "
 L'autrice parle de la condition féminine, des mariages arrangés, au fil des époques, des entraves qui les soumettent aux hommes, à la société. 

" J'avais déjà observé les jeunes mariées au village, et toutes dans le regard avaient quelque chose d'éteint ; cette lueur de vie si pétillante avait été comme domestiquée, et on n'y lisait désormais plus que des regards convenus d'épouses soumises à la volonté de leurs maris. Et sous cette résignation, la jeune fille enfermée derrière les barreaux des conventions."

 " La rumeur avait enflé, monstre de médisance se nourrissant de son propre venin."

 J'aime beaucoup la réflexion sur la féminité et la prise de conscience progressive, par la femme, de son corps et de sa capacité à exister par elle-même.




"Telle un serpent ou une salamandre, je muais, repoussais, par le biais d'une force de vie irrépressible. Et ce fut grâce à cette deuxième vie qui commençait, grâce à l'homme qui m'avait arraché à cette misère, que mon éclosion fut complète et que je devins cette femme "reflorée". Mon âme et mon corps avaient retrouvé leurs pétales." 

J'aime cette approche de la femme liée aux éléments, à la nature. La femme est émotions et sensations en accord avec ce qui l'entoure. C'est très poétique, gothique, romantique comme approche.

 " Doucement, je m'enracine. Je rejoins cette immensité muette qui fait de moi un élément autant qu'un être. Je suis cette terre qui me porte, je suis ce vent qui m'ébouriffe, cette pluie qui lave d'oubli les pas de chacun. Je suis le bruissement de ces feuilles qui dentellent le silence."

 
" J'ai toujours voulu écrire sur les femmes et leur rapport étroit avec la nature.(...) ce lien qui a quelque chose de surnaturel, d'ailleurs. "


L'écriture

Les nombreuses citations  qui jalonnent cette chronique rendent compte de mon plaisir des mots. 

" Une houppelande de silence épais nappait ces murs d'un vert profond. "

 Je suis conquise par le phrasé de l'autrice. j'espère retrouve ces respirations et cette poésie dans un prochain récit.

" Le château de Mont-Drienne trônait là, tombé dans un bienheureux oubli, festonné de silence."

Une très belle plume poétique et engagée avec une histoire fantastique aux accents gothiques où sorcellerie et mythologie s'entrelacent tel le lierre à l'arbre irrémédiablement. La métamorphose est au coeur de ce récit sur l'identité.

" Du lierre coule le sang de l'été
Viens, viens m'aimer, doux Rêve 
Que je t'offre mon âme en sève
Le lierre a butiné ma beauté. "

mercredi 8 mai 2019

Noces d'écailles

Crédits : éditions du Chat Noir
🐉🐲♠🐉🐲

Noces d'écailles 
Artbook 
Anthelme Hauchecorne
Loïc Canavaggia 
Editions du Chat Noir
mars 2019
104 p.

Quatrième de couverture
 
Octobre 1345, Comté de Bourgogne.
Fuyant la colère du baron, Aymeric Jodelet, peintre et coureur de jupons, doit s'exiler de son village. L'artiste trouve refuge dans la forêt voisine, au mépris des superstitions. Selon les paysans, un monstre y rôderait : la Vouivre, dont les griffes déchireraient les intrus.
Une fable, rien de plus ?
À l'automne, les sentiers sylvestres mènent n'importe où.
Parfois jusqu'à l'inconnu.

Ce que j'ai pensé de cet ouvrage...

De la belle ouvrage, bien ciselée que cet artbook. 
Je pense encore le feuilleter pour admirer les détails des illustrations. 
 J'ai beaucoup aimé découvrir cette légende de la vouivre à travers des lettres qui rendent compte de l'état d'esprit du personnage principal mais également les lettres plus factuelles du procès qui par leur ton neutre contraste bien avec l'émotion des lettres du héros maudit, qui a pactisé avec un diable féminin, sauvage et possessif.
La solitude supplante l'amour dans ce récit macabre et sanglant.
Magnifique œuvre fantastique avec des créatures dont la différence fait peur. La métamorphose et l'hybridation sont maudits mais magnifiées dans ce récit. La notion de monstruosité est traitée sous toutes ses facettes : la laideur physique n'égale aucunement celle du coeur et de l'âme. 
Nous sommes en présence de damnés, torturés pour l'éternité

L'écriture est comme les dessins ciselée, à la fois délicate, précieuse comme de la dentelle de soie et rude, texturée comme la peau des dragons. 
J'aime la variété des dessins parfois des crayonnés, des monochromes et des portraits aux couleurs soignées, veloutées. Le bestiaire fantastique et reptilien emprunte à la réalité : tête de murène, ailes de chauve-souris avec un réalisme saisissant et pourtant donne à créer un imaginaire foisonnant. Les portraits d'"humains" si l'on puis dire, sont très expressifs, avec des regards éloquents, des expressions corporelles qui dévoilent l'âme sans parole.


Magnifique artbook autant pour les dessins que pour les lettres à l'écriture envoûtante. Une plongée dans les légendes serpentines, les métamorphoses et les amours interdites, sublime ! 

vendredi 1 mars 2019

Comment le dire à la nuit #PLIB2019


Source : Editions du Chat Noir
 💀💀💀💀

Comment le dire à la nuit
Vincent Tassy
Editions du Chat Noir
Griffe noire
septembre 2018
368 p.
#ISBN9782375680897



La petite histoire

L'on suit plusieurs personnages à des époques données puis ces mêmes personnages vont se rencontrer, interagir autour de l'amour et de la mort avec violence et passion. Une vision moderne du vampire à travers deux personnages. 1483, 1691, 1856, 1984, aujourd'hui. Dans un château, dans une tour, dans un cimetière, ... Les récits se mêlent, les personnages divaguent, le temps passe lentement comme les grains de sable tombent dans un sablier, inexorablement. La solitude envahit tout, le rien le silence, la nuit avale, dévore.



Ce que j'ai pensé de ce roman

L'univers créé

Une atmosphère assez étrange avec deux influences : une romantique avec les tourments, cimetières, ruines, mythe du vampire, époque victorienne, l'évocation de l'eau et l'autre celle des romances à l'eau de rose modernes de Barbara Cartland, très édulcorées jusqu'à l’écœurement, bling-bling... Un mélange qui crée une sensation de malaise voire d'absurde, de folie.

" Sans réel contrôle de ses gestes, elle se mit à gifler le garçon, de plus en plus fort, et avec de plus en plus de joie au fur et à mesure que les claquements de sa main sur la peau de marbre accumulaient leurs réverbérations. Une musique sèche, dénuée d'harmonie, pareille à la nuit qui était dans son coeur."

Les personnages

Athalie et Adriel : deux êtres immortels et diamétralement opposés, s'attirant et se repoussant sans cesse, la noirceur et la blancheur lumineuse.
Egmont d'Orméville et son amant Léopold, la jeune épouse Carolina dans une histoire de secrets et de mariage arrangé.

Rachel, une jeune fille en perpétuel deuil  "déjà un peu morte avant même d'avoir essayé de vivre", sans joie, sans vie qui va rencontrer une chanteuse à la voix triste Cléopâtre. 
Parascève, il-elle, transgenre aux visions perturbatrices. 

La rencontre de tous ces personnages va permettre de reformer le puzzle de vies écorchées, endeuillées de lancer une quête d'identité impossible à travers le temps. 

"Pourtant, cette nuit, on voyait très bien la lune. Pointue comme un crochet, comme un œil fermé, elle s'était glissée derrière la silhouette dentelée du château des Lormont, là-haut, au creux des plus hautes falaises."

L'écriture

Des points de vue, des pensées éparses dans un temps, un lieu différent à chaque fois. Cette écriture fragmentée reconstitue des vies parcellaires, tristes mélancoliques, pleine de silences, de secrets, d'amours cachées, de deuils... Le mythe du vampire est revisité de façon étonnante avec un rapport au temps mélancolique, romantique. 

"Le jour où Egmont avait enfin mis un mot sur ce qu'il ressentait, ce mot-là était déjà trop faible.Il aimait à en mettre le feu à son propre bûcher. A en dispercer ses propres cendres. Mais comment faire après ? Comment supporter de vivre cela dans le silence ? Contre toute attente, il avait réussi. Le silence, il connaissait. Il s'était tu, il avait rêvé de lui, cent fois, mille fois, sans laisser échapper le moindre soupir, sans même le dire à la nuit."

 
 "Qu'aurait-on pu dire ce soir, dans ce silence, à l'oreille endormie des cygnes, comment le dire la nuit, ce vide en soi, comment le dire à la nuit."

C'est un roman qui me met mal à l'aise c'est sirupeux, mélancolique, romantique, gothique et violent, comme est Athalie. A la fois repoussant et envoûtant. Un genre qui me dérange même si la plume me ravit toujours autant.

 

lundi 25 février 2019

#PLIB2019 Shahra



 💀💀⏳💀💀

Shahra, tome 1 : les masques d'Azr'Khila
Charlotte Bousquet
Mnémos
juin 2018
325 p.
#ISBN9782354086510


La petite histoire

Nous suivons plusieurs personnages dans leur périple souvent semé d'épreuves au sein d'un monde désertique, âpre et rongé par le mal : Shahra. Des forces divines semblent se livrer des combats au travers d'hommes marionnettes, subissant un destin jalonné d'épreuves traumatisantes, cruelles. A travers les points de vue de plusieurs personnages nous suivons quelques années de vie d'êtres asservies et avec un doux rêve de liberté.


Mon avis (attention spoilers!!!)

 L'atmosphère, le monde créé

Un univers qui nous plonge dans un Moyen-Orient de fantasy, cruel, proche des Mille et une Nuits. Mais un monde empreint d'un mal insidieux, profond qui corrompt toute chose et tout homme. La pourriture, la déchéance, l'agonie, la mort est partout présente. Les touches d'espoir, de couleur sont infimes, des étoiles brillantes, loin, trop loin ?  

Nous sommes à Shahra : un royaume dont la beauté est décrit dans le poèmes, les écrits mais qui semble un mirage dans les paysages désolés et semés de morts que les protagonistes traversent : désert de dunes, de pierres, où les dangers rôdent, labyrinthe, ou grotte, fleuves dangereux. Pourtant de cette aridité naît parfois des fleurs de sable, des rencontres insolites entre homme et animaux.

 Nous sommes à une époque indéfinie avec un calendrier qui marque les moments forts de quêtes multiples. Un calendrier qui parle en années de 460 à 475 avec des aller-retour des flashback : pas toujours faciles à suivre. l'autrice crée de nouveaux mois avec des noms particuliers : mois du Mirage, du Griffon, des Ossements, du Cheval, de la Pluie, du Djinn, du Lion  et des fêtes comme la nuit de l'Ekkhelil : sorte de nouvel An.

Nous sommes dans un "il était une fois" dans un ailleurs loin des contes de fées et si près pourtant avec ses barbe-Bleue, ses marâtres sous le souffle d'un vent chaud, perse aux parfums d'épices qui cachent mal l'odeur âcre de la charogne.

Les thèmes abordés

Un monde d'illusions illusoire. Un monde fait de mirages dans ce désert létal que traverse des vies liées par des fils tels les homoncules de Malik, enlisés dans un destin qui les dépassent. Pourtant on perçoit une clameur sourde, vibrante de liberté, de révolte qui rend le récit hypnotique. On veut comprendre le pourquoi de ces quêtes, voir jusqu'où chacun va puiser en soi pour se renouveler, se métamorphoser et en quoi.
La quête d'identité liée ici la métamorphose physique et mentale
Un univers où l'esclavage est roi dans les corps et dans les âmes. La dépendance, l'asservissement sont les chaînes visibles et invisibles qui entravent les personnages entre eux.


 Les personnages

Quatre personnages féminins : entre fragilité et force, entre dépendance et liberté

Arkhane , une shalbia (Deux fois née), androgyne qui va connaître une mutilation atroce qui va lui donner  une nouvelle identité.

Djiane, une danseuse d'arâm (danse guerrière sacrée) (Déjà morte) : elle va connaître l'amour avant de le perdre et se retrouver asservie. 

Tiyyi, une kenzi aux multiples pouvoirs magiques (Cent Vies) : jeune adolescente, orpheline arrachée brutalement à sa famille, à son clan.

Aya Sin : chamane (La Mangeuse d'Aziram),  femme aux cheveux roux d'une beauté sensuelle, marionnette de Malik, elle œuvre dans l'invisible pour sortir de ses chaînes.

Chacune de ces héroïnes est en marche vers son destin, sa transformation, guidée par la déesse de la vie et de la mort : Azr'Khila. Cette dernière s'exprime à travers les personnages de cette histoire. Elle agit dans l'esprit des êtres qu'elle anime.
Chacune suit un  parcours initiatique où les épreuves sont multiples et cruelles, leur forgeant un caractère rebelle.
Des héroïnes malmenées, violentées, mutilées par la vie et toute à la fois messagères ou exécutrices de la mort et guérisseuses, porteuses de vie... 
Ce sont des "guerrisseuses"

Il me tarde de découvrir la fin de ces histoires mêlées, liées par le fil du destin.

D'autres personnages constituent une population chamarrée en cultures et émotions
l'Amadh'r Malik : sorte de sorcier immortel enfermé dans le corps d'un mortel recherche la divinité à tout prix et surtout au mépris des hommes. Il nie, renie sa semi-identité humaine.

 Kele'r Kwambe est un immortel, pendant inverse, sorte de Janus de Malik : il recherche la délivrance dans la mort qui lui est refusée.

Beaucoup de personnages esclaves ou bourreaux environnent les héroïnes de ces histoires : des tortionnaires, des amoureux, des traîtres, des personnes bienveillantes et protectrices, des proches...
Une servante espionne et jalouse, un amant lâche, un poète fougueux, un époux cruel et dominateur, des morts...

Des êtres aux pouvoirs magiques, évoqués dans les contes : Djinns, Efrits... ou encore les Kenzi : des hommes auxquels les Djinns ou les Dieux ont octroyés des pouvoirs liés aux éléments (vent, feu, terre, eau), des sortes de Chamanes  tels Ferek,  Yeshet : ils lisent dans le passé et l'avenir, relient visible et invisible, des sorciers et sorcières...

Un bestiaire étonnant et exotique mêlant créatures imaginaires et animaux d'Afrique étoffent cet univers riche.
Le vautour : il est le représentant de la déesse de la vie et de la mort, un Nehlîl (animal-totem) pour le chamane Yeshet
Le lycaon : il apparaît plusieurs fois dans le récit et accompagne Tiyyi à la fin de ce tome. Il est lié au passage vie-mort dans de nombreuses croyances africaines, notamment égyptiennes.
Les Chevaux et autres équidés : ils sont des animaux symbole de ténacité, de liberté et toujours lumineux. Ils représentent l'espoir et le réconfort : Zina, le petit âne rescapé de l'épidémie...

Le Griffon c'est un animal hybride majestueux et sacré : Digo est un des représentants de ces créatures que l'on rencontre dans le caravansérail de Kele. Il est à l'image des hommes, asservi, mourant, comme tout le peuple de Shahra sous l'emprise d'un mal qui le ronge, à l'agonie. Il symbolise un monde merveilleux maudit, croupissant où les monstres pullulent qu'ils soient du désert ou des fleuves, des créatures voraces, dévoreuses de vies : Ghûl, Elkhîl, Kaleth, Mokele...

 L'écriture

Beaucoup d'introspection, de contes, de récits imbriqués, des points de vue qui s'alternent , les dyns (chansons), les poèmes... L'autrice crée un monde riche de personnages, d'odeurs, de paysages, de sensations avec le mirage des Mille et Une Nuits dans la forme et en fond. On a l'a même envie que le sultan près de Shéhérazade lorsque le récit s'interrompt de le voir se poursuivre pour entendre le destin tragique des héroïnes de ce conte cruel entre vie et mort, ce récit de vies où chacun avance et se transforme. J'aime ce mélange entre dialogues "sybilliens" trompeurs et l'introspection qui révèle les pensées profondes, les moments de transe. 



Il me tarde de retrouver les "guerrisseuses" et de découvrir la fin de ces histoires mêlées, liées par le fil du destin.

samedi 9 février 2019

#PLIB2019 Mes vies à l'envers


Crédit source : Gulf Stream éditeur

⏳⏳⏳⏳⏳
Mes vies à l'envers
Maxime Fontaine
Gulf Stream
Echos
 mai 2018
352 p.
#ISBN9782354886127

La petite histoire

Yohann Massart, jeune lycéen, rentre chez lui, quand il est froidement exécuté par un trio dont sa petite amie, Léa. Un cycle infernal est alors enclenché qui va le conduire à rebrousse temps d'une époque à l'autre, d'un corps à l'autre.  Cette expérience inédite va d'abord lui briser le coeur mais aussi lui ouvrir un nouvel horizon de possibles...


Le contexte de lecture

Une lecture pour la sélection du Prix des Imaginaires et de la pré-pré-sélection du PLIB 2019. 


Ce que j'ai pensé de cette lecture...

Une très belle découverte avec ce roman fantastique aux voyages temporels, véritable quête initiatique pour notre jeune héros. 

L'univers développé

L'auteur nous entraîne dans l'espace et le temps d'une région du monde à une époque donnée et à chaque fois dans un corps différent. Ces changements, cette mouvance  vont permettre de mettre en évidence des constantes qui régissent la vie humaine et amènent ainsi le héros à comprendre les valeurs essentielles de la vie. 


Les personnages

J'ai adoré découvrir les différents personnages qu'incarne le lycéen. Ces différents points de vue lui permettent d'avoir de l'empathie pour chacun et d'évoluer. Je me suis moi aussi attachée à un petit africain esclave au 17ème siècle, une vieille japonaise déterminée, mais mon personnage préféré est un ami providentiel de Yohann et non une réincarnation : Edmundo Faia. Ce personnage haut en couleurs apporte un contrepoint essentiel pour que le héros progresse et ne s'enlise pas dans une spirale temporaire répétitive. 
Le temps passé avec chaque protagoniste semble toujours trop court. On est frustré tel le héros de les quitter de façon abrupte et définitive.
Les "méchants" ne sont pas en reste et au fil des pages se nuancent. Le blanc et noir devient gris : chaque personnage présente alors sa part d'ombre.  


 "Au milieu du néant voilé où je venais d'atterrir, j'eus comme la désagréable impression d'avoir à moitié raté ma mort."

La plume de l'auteur

Le récit avance très vite et les rebondissements s'enchaînent tenant le lecteur en haleine. Les surprises scénaristiques se succèdent et font de ce récit une histoire originale et complexe mais fluide. 
J'ai beaucoup aimé l'écriture précise et réflexive. L'auteur mêle habilement aventure, action et introspection, réflexion.

Mise en réseau
Dans le même registre de réincarnation dans des corps différents je pense à l'excellent Orlando de Virginia Woolf ou encore de David Levithan à A comme aujourd'hui.









mercredi 1 août 2018

#PLIB2018 La Faucheuse, tome 1

©Robert Laffont
❤❤❤❤❤

Titre : La Faucheuse, tome 1
Auteur : Neal Shusterman
Maison d'édition : Editions Robert Laffont (Collection R’)
Date de publication : février 2017
Nombre de pages : 493 p.
#ISBN:9782221198674


La Petite histoire

Les commandements du Faucheur :
Tu tueras.
Tu tueras sans aucun parti pris, sans sectarisme et sans préméditation.
Tu accorderas une année d'immunité à la famille de ceux qui ont accepté ta venue.
Tu tueras la famille de ceux qui t'ont résisté.


MidAmérique, milieu du 3e millénaire. Dans un monde où la maladie a été éradiquée, on ne peut plus guère mourir qu'en étant tué aléatoirement (" glané ") par un faucheur professionnel. Citra et Rowan sont deux adolescents qui ont été sélectionnés pour devenir apprentis-Faucheurs ; et, bien qu'ils aient cette vocation en horreur, ils vont devoir apprendre l'art de tuer et comprendre en quoi cette mission est bel et bien une nécessité.
Mais seul l'un des deux adolescents sera choisi comme apprenti à part entière, et lorsqu'il devient clair que la première tâche du vainqueur sera de glaner la vie du perdant, Citra et Rowan se retrouvent dressés l'un contre l'autre bien malgré eux...


 " Un faucheur, c’est une sorte de mort vivant. 
Présent dans le monde, mais tenu à l’écart. 
Le témoin des allées et venues des autres. "
 
 Neal Shusterman

 Cet auteur américain a vu deux autres sagas traduites en français, toutes deux de la littérature de l'imaginaire



Les Fragmentés : un thriller d'anticipation (4 tomes)

Dans une société traumatisée par la Seconde Guerre civile, la charte de la vie vient d'être signée.
Elle stipule que l'on peut "fragmenter" un adolescent âgé de treize à dix-huit ans. La fragmentation consiste à " résilier " un enfant rétroactivement sans mettre fin à sa vie. Connor, Risa et Lev se retrouvent tous les trois sur la liste fatale. Leur seule échappatoire : fuir, se cacher, survivre alors qu'ils sont traqués par les Frags, la police des fragmentés.




La trilogie des Illumières : trilogie fantastique avec mondes parallèles

 Après un accident de voiture auquel ils n'ont pas survécu, les âmes de Nick et d'Allie se retrouvent bloquées à mi-chemin entre la vie et la mort, dans un univers qu'on appelle l'Éternéant. Il s'agit d'un lieu à la fois magique et dangereux où l'on croise toutes sortes d'âmes et d'objets errants. La reine autoproclamée de l'Éternéant, Mary Tourcélèste, a réuni ses ouailles dans un des rares buildings passé dans les limbes : les Twin Towers.
Or, Nick et Allie n'ont aucune envie de rester coincés dans ce monde bizarre ! Ce qu'ils veulent à tout prix, c'est retrouver leur vie d'avant.
Leur quête les mènera dans les territoires inexplorés, sombres et parfois terrifiants de l'Éternéant... Mais plus le temps passe et plus l'espoir de retrouver un jour leur existence passée s'estompe. Et si tous leurs souvenirs s'évaporaient ? Il se pourrait bien alors qu'ils ne parviennent jamais à fuir ce monde étrange et inquiétant...




La Faucheuse est actuellement adaptée pour le cinéma. 

 " Sans la menace de la souffrance, on ne peut pas connaître la joie véritable. Au mieux, on ressent du plaisir. "

L'univers, l'intrigue
Nous découvrons un univers futuriste riche, original.
La mort s'immisce au milieu des immortels pour réguler la population.
Le pivot central de l'intrigue c'est cette contradiction mort/immortalité qui se choque et s'entrechoque dans cet univers où la règle "être mortel" est devenue exception.
 " Nous possédons un monde unique et limité, et bien que la mort ait été vaincue, éradiquée comme la polio, les gens doivent quand même mourir. La fin de la vie humaine était autrefois entre les mains de la Nature. 
Mais nous lui avons volé cette prérogative. 
Désormais, nous avons le monopole de la vie et de la mort."
Le découpage de ce tome en quatre parties permet de donner un rythme particulier à cette histoire. 
Les deux premières parties permettent de découvrir l'univers et les lois qui le régissent, les personnages qui vont prendre une place importante dans l'histoire. 
Les deux dernières sont plus dans l'action, le rythme s'accélère, les rebondissements et les révélations se multiplient. 
Une montée crescendo, en puissance qui ravit l'appétit du lecteur et rend progressivement le récit addictif.
 " La culpabilité est la cousine idiote des scrupules."
Par ailleurs le récit est entrecoupé de pages de journaux de faucheurs qui alimentent la réflexion sur les actes de glanage et leur nécessité, sur la nature humaine, la mort, l'immortalité.

" Je me demande souvent si la lumière apportée par la croyance surpassait l'obscurité que ses abus pouvaient apporter. "
 
Les personnages

Les faucheurs et les apprentis faucheurs sont les acteurs principaux de cette intrigue. C'est leur point de vue  qui est ici mis en avant. Les autres protagonistes restent en toile de fond, pourtant les plus nombreux. 
 
 " Nous sommes devenus contre-nature à partir du moment ou nous avons conquis la mort."

Citra et Rowan sont les deux héros de l'histoire et présentent certes des personnalités différentes mais en demi-teintes. 
En effet, ici, la psychologie des personnages est complexe, non manichéenne. Les personnages évoluent constamment, montrent leurs faiblesses mais surtout révèlent leur instinct de survie, leur côté obscur. 
Cette approche de l'auteur permet au lecteur de s'attacher à ses deux personnages, foncièrement humains.

Je trouve que les personnages sortent des stéréotypes de héros, ils sont issus de milieux ordinaires, sans traumatismes de l'enfance. Pas de clichés sexistes non plus qui fait de ce début de saga une dystopie très intéressante.
  
" (...) Rowan avait trouvé l'usage des bouquins anciens assez rébarbatif. Mais au fil du temps, il avait fini par apprécier le papier, le fait de tourner les pages. Et il adorait refermer un livre - c'était très cathartique."

Le Thunderhead intervient à des moments clés de l'histoire pour sortir les héros d'impasses, mais son rôle est minimisé dans ce premier tome. Au vu de la couverture du tome 2 on peut penser que son rôle va s'accroître pour notre plus grand plaisir de lecteur. 

Ce que je retiens de ce livre...

C'est une dystopie à la fois distrayante et réflexive. L'action se combinant à la réflexion font de ce premier tome une pépite de la science-fiction. J'ai hâte de découvrir la suite pour retrouver les personnages, l'univers et une nouvelle intrigue originale.

Le Garçon de feu

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