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mardi 12 mai 2020

#PLIB2020 Le Garçon & la ville qui ne souriait plus


Lynks/ Pocket
❁❁🗡❁❁
Le Garçon & la ville qui ne souriait plus
David Bry
Lynks
janvier 2019 
352 p.
#ISBN9791097434229 

La petite histoire

 Romain fuit chaque nuit sa demeure bourgeoise et confortable, pour rejoindre la Cour des Miracles où vivent les anormaux – fous, difformes, obèses, et autres parias parqués là par les Lois de l’Église. Le soir de ses quinze ans, il découvre qu’un terrible complot vise les habitants de la Cour.
Des coupe-gorges de Mouffetard aux ruines de Notre-Dame, il devra compter sur son ami Ambroise, sur Joséphine, Lion et Akou, pour lever le voile sur la conjuration et échapper aux terribles Lames Noires, à la solde de l’archevêque de Paris.
Dans un monde assombri par la peur et l’intolérance, le salut peut-il venir de quelques adolescents en quête d’amour et de liberté ?
 

Le contexte de lecture

Lecture dans le cadre du #bingoduplib avec découverte d'un roman de la sélection du #plib2020. Cela fait un moment que je veux découvrir la plume de David Bry et son autre roman Que passe l'hiver me tente beaucoup.

Ce que je retiens de cette lecture...  

L'univers créé

David Bry nous propose de plonger dans le Second Empire mais avec un nouvel Empereur Nicéphore IIIème et une Police de la Norme sous l'égide de l'Eglise qui placarde des interdits et obligations dans toute la ville de Paris en cette année trouble de 1858. 
C'est une sorte d'uchronie qui permet de plonger dans une époque où les inégalités sociales sont criantes dans un Paris de complots et d'illusions. 
Nous suivons Romain, jeune garçon de 15 ans, bourgeois qui, tel un papillon de nuit est attiré vers les lumières et la musique de l'île où se trouve la Cour des Miracles, une foule bigarrée d'estropiés, de marginaux, d'anormaux relégués là par la société.  
Une ambiance de fête semble animer les lieux en totale opposition avec la vie monotone rythmée au métronome dans les quartiers de la haute société parisienne, guindée et frileuse. 

Les thèmes abordés

" je suis convaincu que la différence est justement le fondement de la société. Elle nous enrichit, nous ouvre, des horizons sans limites. Elle nous permet d'envisager plusieurs chemins, de les jauger et d'ensuite prendre le meilleur. Sans différence, la société stagne, n'évolue plus. C'est la mort assurée."

Le thème fil rouge de ce récit est la différence, refoulée, assumée, rejetée, recherchée. Elle s'exprime pleinement dans cette Cour des Miracles sur un îlot de fortune alors qu'elle est volontairement gommée ailleurs dans la capitale. 
Comme le demande Gaspard de Mirieu : 

" - Aimeriez-vous n'être entourés que de personnes complètement identiques à vous ? demande-t-il.
(...)
- Ce serait terrifiant, acquiesce le prince. Il n'y aurait plus d'inconnu. Plus de surprise. Plus d'incertitudes. Plus rien pour nous déranger, nous changer. Nous n'aurions plus besoin de défendre nos avis : nous aurions tous les mêmes. Nous n'aurions même plus besoin d'avoir des avis, d'ailleurs ! Ce serait la fin de ce qui rend chacun de nous unique... et donc absolument indispensables aux autres. "


La composition du récit
 Le récit est entrecoupé de décrets, lettres, extraits d'essai qui apportent judicieusement un éclairage sur les arcanes du pouvoir en 1858, sur le ressenti de certains membres de la famille de Romain notamment.

Les personnages

Nous suivons Romain dans ses agissements, ses choix, ses questionnement. C'est un jeune homme sensible, courageux
et en manque d'affection, en mal être dans la société étriquée qui l'étouffe.
 
"- Je comprends pas qu'tu parles de chez toi comme l'enfer, continue le garçon à la peau d'ébène. T'as tout c'que nous on rêverait d'avoir. T'as un lit, des p'tits pains, des gens qui s'occupent de toi. T'as rien à voler pour le lendemain. Tu dors au chaud quand y caille ou quand le ciel y nous pisse dessus.
Romain se tourne et plonge ses yeux dans les siens.
- Tu as raison, Akou. Mais il me manque une chose. Une seule qui gâche toutes les autres, que vous avez et que moi je n'ai pas.
- Et c'est quoi, ce fameux trésor?
- La liberté."


Son amitié avec Ambroise, le fils du préfet est solide. Ce dernier est un garçon  déterminé, frondeur aussi. 

" Tu es mon ami parce qu’avec toi, il n’y a pas de limite à ce qu’on peut vivre, à ce qu’on peut essayer d’être. Je comprends aujourd’hui pourquoi. Mais ça n’enlève rien. Au contraire. Ça t’ajoute le courage. Alors, pour tout ça, tu es et tu resteras mon ami. Quoi que tu sois."

Lion est un jeune homme de l'île, défiguré mais énergique et d'humeur joviale.
Akou, un noir est le frère de coeur de Lion, un brin froussard, en colère, il soulèverait des montagnes.

Joséphine est un personnage féminin au caractère et aux rondeurs assumés. Elle est une amoureuse de la vitesse et des jolis garçons.
Une galerie riche et diversifiée compose  la Cour des Miracles : du vieux revanchard à la vieille folle, en passant par les gros bras et les chétifs Guenillards, du curé médecin au chasseur énigmatique et dangereux.

La famille de Romain
Adélaïde, la sœur de Romain est un artiste de talent mais non reconnue par ses parents. Elle est assez proche de son frère. 

Isabelle de Sens, aristocrate déchue est une femme en recherche constante de considération et souvent amère. 

Rodéric de Sens, chef de la police de la Norme se réfugie dans son travail et délaisse ses enfants alors qu'il présente une sensibilité à l'art, notamment la poésie.

Les Lames Noires vs Les 30 Opposants
 Dans ce récit deux sociétés secrètes s'affrontent dans les Nuits parisiennes et n'hésitent pas à faire couler le sang. Les Lames Noires servent l’Archevêque dans sa soif "d'épuration". Mais il existe une faction d'érudits et de bourgeois rebelles qui luttent dans l'ombre pour saper le pouvoir grandissant de l'Eglise extrémiste. 

La Police de la Norme applique la loi comme son nom l'indique mais sans zêle particulier. 

La plume de l'auteur

J'ai apprécié la construction du récit avec des chapitres courts qui créent un bon rythme et les illustrations et textes qui donnent de l'épaisseur à l'intrigue. L'auteur nous laisse nous installer tranquillement dans l'ambiance et le contexte historique et puis au fur et à mesure de l'avancée dans le récit la tension monte, les péripéties sont plus nombreuses et périlleuses. Une plume alerte et sensible fort agréable et fluide.

En bref

 Un récit faisant la part belle à la différence et à la farouche envie de la défendre. Une intrigue avec complots, actions, coups bas et moments de grâce et enfin une plume à découvrir à la fois douce et précise, addictive et réflexive. Rejoignez la Cour des miracles révélatrice des hommes et de leurs intentions en cette année 1858 régie par la Norme, pour rallier les Guenillards et les anormaux.






jeudi 30 avril 2020

AliN


Crédits : Noir d'Absinthe / illustration : Thibault Benett
💜💙🎔💙💜

AliN
Axelle Colau
Noir d'Absinthe
janvier 2020
180 p.
 
La petite histoire

Nous suivons Adrien en fin d'année de 3ème au collège. Il est harcelé par Guillaume et deux de ses sbires. Mais il ne dit rien car une autre personne subit bien pire et c'est Lili, son amie d'enfance. Alors que lui encaisse coups et brimades, la jeune fille ronde connaît insultes, sur insultes et aucun répit et moqueries de la part de la bande mais surtout de la classe suiveuse ou silencieuse. Adrien souhaiterait tant ne pas être lâche pour aider celle qu'il aime.

Ce que je retiens de cette lecture...

Axelle Colau propose au lecteur une thématique forte et que celui-ci connaît pour l'avoir côtoyer forcément de près ou de loin : la question du harcèlement. Par le biais de la fiction, elle amène tout un chacun à réfléchir à ce problème grave, insidieux, sournois, souvent difficile à démêler. 

J'ai apprécié de ne pas être confronté au point de vue direct de la victime première du harcèlement à savoir Lili. Il est souvent difficile de prendre du recul quand on s'identifie au personnage, l'émotion prime sur la réflexion. Je ne dis pas que l'émotion est absente du récit, loin de là : j'ai versé ma larme. Mais la subtilité de l'écriture d'Axelle, ces choix de narration rendent pleinement justice aux rouages du harcèlement. 

Parlons des personnages
Adrien, Lili, Guillaume, Gabin, les parents et les autres collégiens sont développés dans leur caractère avec toutes leurs contradictions, ce qui en font des personnages crédibles et rend le récit juste et vrai. 
J'aime la lumière qui entoure les deux personnages principaux Adrien et Lili, malgré la noirceur qui les oppresse. Une douceur et une tendresse émanent de leur relation et de l'amour discret qu'ils éprouvent l'un pour l'autre. 

Et pourtant l'histoire est loin de la mièvrerie et de la guimauve et une force, une dynamique anime le roman. 

En effet, Axelle ne nous lâche pas une minute, elle crée du rythme et une tension qui attache le lecteur aux pages qu'il tourne. Il y a une construction maîtrisée qui évite le pathos en introduisant une part haletante apparentée au thriller.


 
Roman lumineux et sombre à la fois sur le harcèlement scolaire : l'amour transcende l'horreur du harcèlement. Beaucoup d'émotions dans ce roman et une écriture captivante qui ne fait lâcher le bouquin qu'à la toute fin. A la fois, thriller, contemporain et romance, cet ovni littéraire pulvérise les genres pour parler vrai et droit dans le coeur. 
 A mettre dans toutes les mains pour réfléchir.

mercredi 6 novembre 2019

Félines #PLIB2020


Le Rouergue
 💛💙💛💙💛
Félines
Stéphane Servant
Le Rouergue
Epik
août 2019
384 p. 
Fantastique
#ISBN:9782812618291 

Pré-sélectionné du #PLIB2020 et coup de coeur 💛💙💛💙


Le Plib
" Réfléchir, c'est commencer à désobéir.
Lire, c'est se préparer à livrer bataille."  

Le texte d'éditeur

 Personne ne sait exactement comment ça a commencé. Ni où ni quand d'ailleurs. Louise pas plus que les autres. Ce qui est sûr, c'est quand les premiers cas sont apparus, personne n'était prêt et ça a été la panique. Des adolescentes qui changeaient d'un coup. Des filles dont la peau se recouvrait de... dont les sens étaient plus... et les capacités... Inimaginable... Cela n'a pas plu à tout le monde. Oh non ! C'est alors qu'elles ont dû se révolter, être des Félines fières et ne rien lâcher !

" Depuis que le monde est monde, il a toujours la même tête et elle n'est pas très jolie. D'autres que moi diraient même qu'il a franchement une sale gueule."

La petite histoire

Nous écoutons le récit de Louise, vivant dans la clandestinité,  qui va relater quelques mois de sa vie mais aussi celles d'autres adolescentes qui ont connu dans leur chair la Grande Mutation. Un changement si brutal qu'il va provoquer la haine, la peur, la persécution et diviser la population. Louise va raconter comment elle va apprivoiser son corps, l'accepter et affronter le regard des autres. 

" Comme si la nuit était suspendue. Et la lame de la lune, là-haut dans le ciel, étincelait comme une griffe. "

Ce que je retiens de cette lecture...


Le contexte de lecture


Une lecture commune dans le cadre du Tournoi des élites et de l'épreuve des audacieux organisé par le staff du PLIB. J'ai donc fait cette lecture auprès des Guérisseurs.


J'ai adoré retrouver la plume de Stéphane Servant que j'avais savouré, il y a deux ans avec Sirius, une autre écriture bouleversante. 


Un petit mot sur la couverture en bleu et jaune de Patrick Connan, dont je conseille la  découverte de son site où l'on retrouve d'autres magnifiques couvertures de Rouergue éditions ou des pastiches d'affiches de film très réussis.

" La ville ressemblait à un chaudron où bouillonnaient l'ennui et les ragots. "

Je m'excuse pour l'effet brouillon de cette chronique : j'ai jeté mon ressenti au fur et à mesure. 

L'atmosphère du livre

Nous sommes d'emblée plongés dans le récit avec le "je" de Louise qui nous fait vivre toutes ses émotions, ses réflexions, son évolution, sa métamorphose physique mais surtout mentale. De l'adolescente à la femme, du doute à la détermination. 
La tension monte crescendo, prend son temps et l'atmosphère délétère s'étend progressivement mais sûrement. 
Pas de chapitres, pas de pause, pas de temps mort, on avance inexorablement avec Louise ballotés par les événements, pas de répit. 

Je ne cacherai pas que j'adore la plume de l'auteur : il écrit fabuleusement bien et ici il a une façon d'aborder la féminité qui me touche profondément et je suis émue de voir ce sujet traité avec tant de justesse par un homme. Il semble bien cerner les problèmes qui préoccupent les adolescentes d'aujourd'hui et de toujours aussi. L'auteur écrit pour et sur les femmes avec un ton juste et une connaissance sensible.


"Nous étions douze. Douze adolescentes, douze corps trop maigres, trop épais, trop tordus, douze corps imparfaits que nous tentions de dompter comme on l'aurait fait avec des chevaux sauvages. Nos chevaux étaient rebelles, mauvais et têtus.Nous mordions la poussière en essayant de les domestiquer. tout partait dans tous les sens, rien ne nous obéissait. Nos corps nous malmenaient, ils nous épuisaient." 

C'est une quête identitaire essentielle, vitale à laquelle nous assistons. Par le biais du fantastique, il dénonce les travers de notre société urbaine détachée de la nature, obnubilée par la performance et le paraître. 

Les personnages

Louise ne se plaint jamais et pourtant elle n'est pas toute blanche, elle a su être superficielle, lâche mais elle ne renonce jamais. Cette force est née des épreuves de la vie, la perte de sa mère, sa culpabilité, ses blessures physiques...

" Voilà le genre de fille que j'étais. Une enfant qui jouait à la femme fatale. Une Alice grimée en Reine de coeur sans pitié. Une Narcisse troublée par son reflet. Une adolescente, ni pire ni meilleure que les autres, je crois."

 Tom, l'ami, l'amant
Il est sensible, doux, à l'écoute et plus complexe que son allure ne le suggère. Il sait qui il aime et pourquoi. 

" Avec lui, j'avais compris que les gens ne sont pas que ce qu'ils montrent. Chacun possède un monde intérieur. Celui de Tom était étrange, décalé, mais aussi extrêmement créatif et sensible. Presque féminin, auraient pu dire certains."

le père de Louise et Satie, le petit frère 

 La famille est très soudée. C'est un pilier qui donne de la force et de l'équilibre à l'héroïne. Le père se révèle dans l'adversité et Satie réagit avec le coeur sans préjugés et a-priori. L'enfance qui ne juge pas, ignore les différences. 


Les filles

L'auteur a su cerner les problèmes de jeunes adolescentes perdues dans leurs corps et bombardées par les clichés ( dans les deux sens du termes) que notre société nous renvoient.

Fatia, Morgane, Sara, La Rouquine, la Blanche, Alexia, Camille et j'en oublie sans doute que Louise n'oublie pas.  

" J'aimerais que tu fasses tes propres choix. Pas ceux qu'on te dicte. "

 L'auteur met en avant le particulier, le singulier , l'unique par opposition à l'uniformisation, au standard, à l'anonyme revendiqué par les sectaires. Il prône un "je" conscient  qui s'unit à l'autre pour faire un "nous" riche, diversifié, complémentaire, complexe.

" Pour l'administration, le foulard comme le short étaient sacrilèges."

" Nos corps faisaient débat. 
Encore une fois. "

" Pour lui, nous incarnions la dégénérescence, nous étions la première tache sur le corps moribond de l'humanité, les signes de la catastrophe imminente, l'annonce de l'Apocalypse. "

 Je  remercie l'auteur pour son écriture poétique et coup de poing, je le remercie d'éveiller les consciences, d'en appeler à la vigilance, de responsabiliser son lecteur face à la différence, au déni des réalités.


" ... ce que l'homme ne comprend pas, souvent il le détruit. "

 Roar !!! C'est un coup de coeur pour moi ! Une écriture qui est poésie et poignard à la fois.  Un très bon roman adolescent à mettre d'urgence entre toutes les mains.

" Vous savez, c'est ce qu'on demande souvent aux victimes de viol : est-ce que vous avez résisté ? Vraiment résisté ? Et c'est insupportable d'entendre ça. Fred a profité du fait que j'étais jeune, frêle et ivre. Il a attendu que je sois la plus vulnérable possible pour s'en prendre à moi. Il n'y a qu'un seul coupable et c'est lui. On ne se fait pas violer. On est violée. Le viol, c'est l'autre qui le fait. C'est l'autre qui impose sa violence. Une violence extrême et aveugle qui fait de vous un objet que l'autre veut soumettre et détruire. "  

 " C'est à ça que servent les livres. A ouvrir les yeux des hommes, et, avec un peu de chance, leur coeur."

mercredi 28 août 2019

Mille baisers pour un garçon


Crédits : Le Livre de Poche
 

Mille baisers pour un garçon
Tillie Cole
Le Livre de Poche
février 2018
280 p.

" Pourquoi être triste quand on peut être heureux ? Pour moi, la question ne se pose même pas."


 Le texte d'éditeur

Crédits : Le Livre de Poche


" Poppy était une fleur de cerisier. Ma fleur de cerisier. Une fleur sans égale, trop belle pour durer. Une fleur qui embellissait nos vies pendant un court instant, avant de disparaître dans le vent. Poppy nous rappelait qu'il fallait vivre. Que l'amour existait. Que notre vie avait un sens et que nos jours étaient comptés. "

La petite histoire

 Poppy et Rune, c'est une amitié soudaine, Poppy et Rune, c'est un amour incommensurable. Et pourtant la vie les sépare... Rune repart dans son pays de Viking loin des yeux de sa belle. Il reviendra changé, incarnation d'une colère rentrée. Poppy restera Poppy malgré tout...

" Elle disait qu'elle avait un clair de lune dans le cœur et des rayons de soleil sur les lèvres. Elle était heureuse. Et elle me rendait heureuse, moi aussi."

Ce que je retiens de cette lecture...

Beaucoup d'émotions, beaucoup de larmes...
J'adore la rencontre de Poppy et Rune, qui tout de suite, les montre dans leur caractère profond :  la lumineuse et le taciturne. 

 " Elle disait aussi que les plus belles choses sont éphémères. Elles meurent trop tôt pour nous rappeler que la vie est courte et précieuse. Comme les fleurs de cerisier. Comme les étoiles filantes. On est tellement habitué aux autres étoiles qu’on les oublie. Mais quand on voit une étoile filante, on se souvient de ce moment à jamais."

Tillie Cole va tisser tranquillement la relation de Poppy et Rune, une relation faite de fusion, d'amour profond, de complicité, de complémentarité puis tout défiler pour recommencer... autrement. 

Les événements qui surviennent vont faire grandir les personnages, tous sans exception. Chacun est impacté par les aléas de la vie.  

" Toi et moi, on est comme les fleurs de cerisier, Rune. Comme les étoiles filantes. On s'est aimés trop fort et trop jeunes. Notre amour a brulé si fort qu'il s'éteint trop tôt. Notre histoire nous aura apprit une leçon. Elle nous aura montré qu'on est capable d'aimer. "

L'autrice trace le portrait de deux familles autour de ce couple fusionnel. Les relations sont décrites avec justesse, la psychologie des personnages, leur ressenti nous sont donnés à voir, à vibrer.


" J’aime la vie, Rune. J’ai toujours aimé la vie. Je suis la fille qui se lève tôt pour voir le soleil se lever, celle qui voit le bien chez les autres, que la musique fait voyager et que l’art inspire. Celle qui brave l’orage pour voir l’arc-en-ciel. Pourquoi être triste quand on peut être heureux ? "

Magnifique histoire d'amour de Poppy et Rune. J'ai beaucoup pleuré : de l'émotion donc. 
L'écriture est sensible et poétique.
Tillie Cole nous immerge dans les ressentis de ces personnages attachants, bouleversants de fragilité.

mardi 30 juillet 2019

Roller Girl


Crédits : Éditions 404




Roller Girl
Victoria Jamieson
404 éditions
septembre 2016
240 p.

Le texte d'éditeur

Astrid, 13 ans, découvre le roller derby.
Cette activité deviendra rapidement sa passion et elle devra apprendre à jongler entre ses amis et ses études.

 
Crédits : Victoria Jamieson

La petite histoire 

 Astrid est en vacances. Sa mère l'a amené, elle et sa meilleure amie à une démonstration de roller derby... et c'est le coup de foudre ! Elle veut tout de suite s'inscrire à un stage de plusieurs semaines pour cet été. Elle va vouloir entraîner sa meilleure amie avec elle et elle va s'apercevoir qu'elles ne sont pas sur la même longueur d'onde.  



Ce que je retiens de ce graphique...

 Je découvre le roller derby, une discipline sportive que je ne connaissais absolument pas. C'est un sport d'équipe assez qui demande pugnacité, esprit d'équipe et technicité. 

J'aime beaucoup les personnages et leur psychologie. L'autrice propose de découvrir Astrid à un âge charnière celui de l'adolescence, au moment du basculement de l'enfance à l'adolescence où les certitudes s'envolent et fait place au doute et aux nuances. 
C'est très bien traité.  Cette petite histoire met en avant l'égo, le dépassement de soi et la construction identitaire. J'aime beaucoup le personnage d'Astrid très colérique qui en fait un personnage touchant. 
Pour le traitement graphique, j'aime le dynamisme des planches et les couleurs omniprésentes qui apportent vivacité et fraîcheur à cette histoire. 
Crédits : 404 éditions / Victoria Jamieson


Un graphique sympa avec le passage à l'adolescence et une justesse pour traiter de l'amitié malmenée par l'affirmation de soi et de ses goûts.




samedi 1 juin 2019

Naissance des cœurs de pierre


Crédits : Actes Sud Junior
 ❤❤❤❤
Naissance des cœurs de pierre
Antoine Dole
Actes Sud junior
Romans Ado
août 2017
147 p.
ISBN:9782330081416 

" Niline se tait. Jeb aussi reste silencieux. C'est comme ça, le plus souvent, entre eux. Un vide contre lequel rien ne se cogne qui ne soit pas englouti aussitôt.Une habitude. "

Le texte d'éditeur

Dans quelques jours, Jeb va entrer dans le Programme. C’est la loi du Nouveau Monde : à douze ans, chaque enfant de la communauté doit commencer un traitement qui annihile toutes les émotions, dans le but de préserver l’équilibre de la société. Mais Jeb ne peut s’y résoudre, quitte à se mettre en grand danger…
Nouvelle au lycée, Aude subit tous les jours de nombreuses moqueries et insultes de la part des autres élèves et trouve refuge dans les bras de Mathieu, un surveillant du lycée. Un premier amour qui va faire naître en elle des sentiments aussi intenses que dévastateurs.


"  L'espoir qui le portait l'a lâché. C'est le sentiment le plus fragile, face à la cruauté des hommes. Celui qui, dans un monde où rien ne s'ouvre à la lumière, devient le plus douloureux. L'espoir est d'une violence terrible, quand il est retourné contre soi. "

La petite histoire

Deux récits s'alternent, deux points de vue : celui de Jeb 12 ans et celui d'Aude 16 ans. Jeb vit dans un monde clos, froid où les émotions doivent être bridées pour le bien de la Communauté et Jeb, lui, ne se fait pas à ses règles édictées, une étincelle de vie pulse en lui. Aude est une lycéenne, parachutée, fragile, dans un nouvel établissement, sans repère, sans amis, seule. Ces deux solitudes nous dévoilent leur ressenti, leurs émotions dans un monde qui les rejettent, les malmènent, les nient... 

" L'obscurité est si épaisse que les ombres elles-mêmes semblent s'y être égarées. "

Ce que je retiens de ce récit...

J'ai été happé par le récit qui est poignant, révoltant, glacé et glaçant. Plus on tourne les pages, plus l'obscurité, le vide est grand. La tension monte crescendo dans les deux histoires qui vont bientôt n'en faire qu'une. J'ai vibré d'un bout à l'autre, tendue en proie à des émotions qui sont interdites aux deux personnages que l'on suit dans leur existence contrariée. 

" La solitude n'est plus un refuge, elle est une cage. Aude y rumine les mots qui la transpercent tout au long des journées. Ces mots qu'on lui jette à la figure, qui la griffent, la pincent et la cognent. Ces mots comme des armes, dont personne ne mesure la force et l'impact dans les parties tendres du dedans. "

L'écriture de l'auteur est ciselée, incisive. Court, percutant, haletant le récit nous hypnotise jusqu'au dernier mot.

" Les rumeurs courent devant elle, la précèdent, occupent tout l'espace autour d'elle, si bien que plus personne ne cherche à voir qui elle est derrière ces histoires folles. Elle ne sait pas pourquoi. Elle n'a rien fait pour arriver à cette situation. Cette violence banale et bête n'a ni début ni fin. " 
 
Ces deux âmes, ces deux cœurs pulsent à des rythmes différents, se croisent sans jamais s'atteindre jusqu'à l'explosion qui nous met, nous lecteurs, face à une réalité cruelle, révoltante mais qui existe. Un coup de poing direct au coeur.

" La naissance d'une larme, c'est la mort de bien d'autres choses. "



Aurore, les roses pourpres


Crédits : Au loup éditions
 🌹🌹🌹
Aurore, les roses pourpres
Dominique Durand
Au Loup
A travers mondes
mars 2019
240 p.
ISBN:9791093950679

Le texte d'éditeur

 Une rentrée au mois d’avril dans un lycée de province inconnu. C’est une journée difficile pour Aurore.
Entre sa confrontation avec le caïd du lycée, sa rencontre avec Charlotte et Cassy et l’intérêt que lui porte l’énigmatique Malec, il lui sera difficile de garder secrètes ses étranges facultés.
Les vrais problèmes surviennent lorsque le grand-père de Cassy se fait enlever sans raison apparente. C’est une course contre la montre qui commence alors. Et si tout était lié à la disparition d’un tableau aux origines inconnues ?
Les ravisseurs pensaient avoir tout prévu. Ils ignoraient que la mystérieuse Aurore n’était pas une jeune fille tout à fait comme les autres.
Mais ils allaient vite le comprendre…

  
La petite histoire

 Nous suivons deux récits à deux époques différentes. 
Jeanne vit à Paris à la fin du 19ème siècle, elle aide sa mère dans les tâches ménagères dans une pension de famille qui les héberge. 
Aurore, de nos jours, vient d'arriver dans un lycée loin de Paris. Elle va devoir affronter les harceleurs de l'établissement, mais va très vite se faire deux amies Cassy et Charlotte. Ces deux histoires vont être liées par un tableau méconnu du peintre Camille Pissarro, les Roses pourpres. Alors que l'on découvre comment le tableau échoue dans les mains de Jeanne à son époque, on le voit resurgir dans un trafic d’œuvres d'art au 20ème siècle. 

Ce que je retiens de ce roman jeunesse... 

L'autrice  auteur (pardon pour l'erreur) a décidé d'alterner les points de vue et les époques pour rapprocher petit à petit les différentes pièces du puzzle qui constituent le récit. Dans l'histoire de Jeanne, les événements s'enchaînent pour donner un récit de vie assez simple et extérieur aux personnages. On ne ressent pas l'empathie comme avec Aurore, la véritable héroïne du roman. Le premier récit est plutôt anecdotique et sert d'éclairage pour la toile de fond du deuxième récit et amène une respiration dans le déroulé de l'action somme toute classique du deuxième, qui se construit sur le modèle d'une enquête policière teintée de fantastique. 

Aurore a un tempérament de feu à l'image de sa chevelure dès son entrée dans le récit, on la remarque par sa détermination et son intransigeance.  C'est le point fort de ce roman. 
Les amies d'Aurore sont plus effacées : Cassy apparaît fragile et sensible alors que Charlotte est plus sereine. 
On se concentre sur Aurore à cause de ses "particularités" dont on comprendra l'origine au fil du récit. Cette dimension surnaturelle place d'emblée Aurore du côté des exclus, des parias ce qui explique son ressenti empreint de méfiance et de peur vis-à-vis de ses amies. L'autrice auteur a su rendre compte des états d'âme de l’héroïne avec justesse. 

L'intrigue m'a semblé quant à elle assez classique, pas de réelles surprises, mais ça fonctionne et je pense qu'un public adolescent peut tout à fait prendre plaisir à cette lecture fluide et divertissante.

Entre fantastique et enquête policière : un roman jeunesse prenant avec une héroïne, aux pouvoirs supranaturels, attachante.

Le Garçon de feu

  Le Garçon de feu Sarthak Sinha Editions Du Ricochet EAN : 9782352635512      Un petit album plein de tendresse avec ce feu follet. Tim se...